mercredi 26 mai 2026

Dans cet épisode de Radio🎙einFluss (en allemand, 30 min), l’invité Florian Lüthi et Thomas Wallimann discutent du service civil face aux menaces de guerre, avec en perspective la votation fédérale du 14 juin 2026. F. Lüthi est théologien et travaille pour Vox ethica à Fribourg. T. Wallimann-Sasaki, l’animateur du Podcast est directeur d’« ethik22 », une organisation qui propose des conseils éthiques sur des questions ayant une portée économique, politique et sociale.
Résumé du Podcast :
Le podcast débute par une brève présentation de l’historique de l’introduction du service civil en Suisse : c’est suite à l’initiative dite de « Münchensteiner » à la fin des années 70 qu’a commencé à se diffuser en Suisse plus largement l’idée d’un service civil. Le refus de servir dans l’armée était jusqu’alors condamnable et ceux qui refusaient d’accomplir le service militaire étaient punis d’une peine de prison. En 1992 une nouvelle initiative est acceptée et un service civil sera finalement instauré en 1996. Jusqu’en 2009, pour faire le service civil, il fallait passer un entretien et démontrer ses motivations, argumenter face à une commission qui décidait ensuite de l’admission ou non. Il fallait en quelque sorte prouver le bien-fondé de son conflit de conscience. Mais cette procédure était particulièrement inégalitaire en ce qu’elle favorisait ceux qui sont à l’aise dans une argumentation théorique et verbale. Ce système d’examen a été depuis remplacé par une « preuve par l’acte », où les candidats au service civil démontrent le bien-fondé de leur motivation et de leur conflit de conscience en effectuant une fois et demie la durée du service militaire.
Depuis l’abandon de l’examen devant une commission, le nombre de civilistes a fortement augmenté, passant d’environ 1500 à plus de 7000 par année de nos jours. Actuellement le service civil commence par une mission de langue durée de 150 jours, dans un domaine soit lié au social, à l’éducation, la culture, la santé ou l’agriculture. Depuis 2019 le Conseil fédéral a tenté de durcir l’admission au service civil, mais sans réel succès.
Florian Lüthi explique ensuite son expérience de service civil, dans le domaine du social, et comment cette expérience a pu faire sens pour lui, notamment à travers l’accompagnement de personnes avec des difficultés spécifiques.
A la question si le service civil serait une voie plus facile et moins exigeante que le service militaire, il répond en montrant que les civilistes peuvent aussi se trouver dans des contextes exigeants, notamment sur le plan humain. Par exemple en travaillant avec des personnes à besoins spécifiques, les civilistes peuvent soulager momentanément certaines équipes soumises à de fortes pressions et ainsi jouer un rôle de régulateur dans certains services qui sont souvent en sous-effectifs, ou dans des domaines où le rythme de travail est très soutenu et exigeant physiquement (soins, travail agricole, milieux éducatifs).
Florian Lüthi s’interroge ensuite sur la notion de bien commun : Les civilistes contribuent-ils à ce bien commun ? En Suisse, l’idée de bien commun, de servir la société, n’est pas détachée d’une certaine idée de la citoyenneté participative et de l’engagement. Le Bien commun est en quelque sort porté par les citoyens eux-mêmes, dans leur engagement, que ce soit dans l’armée ou dans d’autres structures (politiques, associatives). Tout notre système politique est en fait système basé sur l’engagement des citoyens et le service civil fonctionne sur le même principe, à savoir permettre de s’engager à son niveau de capacités, pour la société. En ce sens ceci montre l’attachement des Suisses à cette participation des citoyens à une certaine vision de l’Etat.
T. Wallimann interroge ensuite F. Lüthi sur la situation actuelle. De nombreuses guerres éclatent, même tout près de la Suisse, est-ce qu’une posture résolument pacifiste n’est pas dangereuse ou naïve de nos jours ? A cette question, le théologien répond que préparer la guerre n’est pas suffisant pour favoriser l’avènement de la paix, et encore moins pour instaurer une culture de paix. Il donne également plusieurs exemples où les activités des civilistes, notamment dans le social et le monde éducatif, contribuent à renforcer le sentiment de sécurité des personnes (en milieu psychiatrique et scolaire), parfois de par leur simple présence, ils peuvent contribuer à la pacification de certains environnements ou à éviter des dérives.
Le podcast se conclut par une discussion sur les conséquences possibles d’un durcissement de l’accès au service civil, et notamment sur les risques d’une augmentation des cas d’inaptitude au service militaire, ce qui ne résoudrait pas les difficultés de recrutement pour le service militaire, et aurait pour conséquence de priver la société du soutien de nombreux civilistes, voire de faire perdre cette tradition d’aide et de participation que véhicule le service civil et les valeurs qu’il porte.



