Étiquette : Initiative

  • Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    L’Église catholique s’engage depuis des décennies pour le respect des droits humains. Depuis l’encyclique Laudato si’ au plus tard, la protection de l’environnement et la lutte contre les conséquences du changement climatique comptent également parmi ses préoccupations. Un monde où chaque être humain peut réaliser son potentiel est une tâche qui concerne l’ensemble de la société: une tâche qui incombe à tous les acteurs sociaux, et non au seul État.

    Cette conviction n’est pas simplement une position ecclésiale, que l’on pourrait tout aussi bien fonder autrement. Elle plonge ses racines dans la vision biblique de l’être humain et du monde.

    L’être humain comme image de Dieu. Au commencement de la Bible se trouve l’affirmation que l’être humain est créé à l’image de Dieu – chaque être humain, sans exception (Gn 1,26–27). C’est de cette ressemblance divine que la tradition chrétienne tire la dignité inaliénable de toute personne, une dignité qui ne peut être subordonnée à aucune opportunité économique ou politique. Là où les chaînes d’approvisionnement plongent des personnes dans la pauvreté, l’exploitation ou le déplacement forcé, c’est cette ressemblance divine elle-même qui est atteinte.

    La création comme bien confié. Le même récit de la création confie à l’être humain la tâche de « cultiver et de garder » le jardin (Gn 2,15). Il s’agit d’un mandat de soin, non d’exploitation sans égard. Le pape François a repris cette idée dans Laudato si’, rappelant que la terre ne nous appartient pas, mais nous est confiée. Dans cette perspective, la destruction de l’environnement n’est pas un dommage collatéral de l’activité économique, mais une violation d’un mandat originel.

    La tradition prophétique. Toute la Bible est traversée par une voix dérangeante : celle des prophètes, qui condamnent sévèrement l’exploitation économique. Amos, par exemple, dénonce ceux qui « vendent le pauvre pour une paire de sandales » (Am 2,6). Pour la tradition prophétique, le profit économique réalisé au détriment des plus faibles n’est pas un simple écart de conduite, mais une trahison de l’alliance avec Dieu. Cette voix nous interpelle encore aujourd’hui : une liberté économique qui ignore les plus vulnérables tout au long des chaînes d’approvisionnement mondiales s’inscrit dans une longue série de pratiques condamnées par la Bible.

    Dieu aux côtés des plus vulnérables. Enfin, la venue même de Dieu dans le monde – l’incarnation – manifeste une attention durable envers les petits et les vulnérables. Cette logique de solidarité « par le bas » constitue la raison théologique la plus profonde pour laquelle l’engagement ecclésial ne se satisfait pas de déclarations d’intention bien formulées, mais insiste sur des mécanismes de protection efficaces et opposables en justice pour les personnes réellement concernées.

    C’est sur ce fondement biblique et théologique que la doctrine sociale de l’Église a développé ses principes, traduisant ces intuitions en principes. Le principe du bien commun, par exemple, ne s’applique pas seulement à l’action de l’État, mais engage tout autant les acteurs économiques privés : la liberté d’entreprendre n’est pas une fin en soi, mais doit s’orienter – précisément en vertu de cette ressemblance divine partagée par tous les êtres humains – vers la contribution au bien de tous.

    Qu’en découle-t-il concrètement ? De l’articulation de deux autres principes fondamentaux (la subsidiarité et la solidarité ) découle l’exigence d’obligations de diligence contraignantes, et non simplement volontaires, pour les entreprises. La subsidiarité ne signifie en effet pas que l’État doive se tenir le plus possible à l’écart, mais l’oblige au contraire à intervenir dès lors que l’échelon inférieur – ici : l’engagement volontaire des entreprises – ne remplit manifestement pas sa mission de protection. La dimension mondiale de la solidarité, que l’Église souligne depuis Populorum Progressio, exige qu’à une activité économique transfrontalière corresponde également une responsabilité juridique transfrontalière . Une responsabilité qui découle en définitive de la conviction que tous les êtres humains, où qu’ils vivent, partagent la même dignité.

    C’est à partir de ces réflexions que Vox Ethica a décidé de s’engager, par cette prise de position, dans la consultation relative au contre-projet indirect à l’initiative populaire « Pour des multinationales responsables – afin de protéger l’être humain et l’environnement ».

    Vox Ethica salue par principe toutes les démarches qui favorisent une meilleure protection de l’être humain et de l’environnement face aux conséquences de l’activité humaine. Dans sa prise de position, Vox Ethica montre toutefois aussi les points sur lesquels le projet actuel devrait, à son avis, encore être amélioré.

    FL. 24.07.2026

  • Warum sich Vox Ethica in die Vernehmlassung zur Konzernverantwortung einbringt

    Warum sich Vox Ethica in die Vernehmlassung zur Konzernverantwortung einbringt

    Die katholische Kirche setzt sich seit Jahrzehnten für die Einhaltung der Menschenrechte ein. Spätestens seit der Enzyklika Laudato si’ gehören auch der Schutz der Umwelt und die Bekämpfung des Klimawandels zu ihren Anliegen. Dahinter steht eine einfache Überzeugung: Eine Welt, in der alle Menschen ihr Potential entfalten können, ist eine gesamtgesellschaftliche Aufgabe – eine Aufgabe, die alle gesellschaftlichen Akteure betrifft, nicht nur den Staat.

    Diese Überzeugung ist nicht einfach eine kirchenpolitische Position, die man auch anders begründen könnte. Sie wurzelt tief im biblischen Menschen- und Weltbild selbst.

    Der Mensch als Bild Gottes. Am Anfang der Bibel steht der Satz, dass der Mensch als Abbild Gottes geschaffen ist – jeder Mensch, ohne Ausnahme (Gen 1,26–27). Aus dieser Ebenbildlichkeit leitet die christliche Tradition die unveräusserliche Würde jedes Menschen ab, die keiner wirtschaftlichen oder politischen Zweckmässigkeit untergeordnet werden darf. Wo Lieferketten Menschen in Armut, Ausbeutung oder Vertreibung treiben, wird an dieser Ebenbildlichkeit selbst Schaden angerichtet – nicht nur an einer abstrakten Rechtsnorm.

    Die Schöpfung als anvertrautes Gut. Derselbe Schöpfungsbericht spricht dem Menschen die Aufgabe zu, den Garten zu « bebauen und zu bewahren » (Gen 2,15) – ein Auftrag zur Pflege, nicht zur rücksichtslosen Nutzung. Papst Franziskus hat diesen Gedanken in Laudato si’ aufgenommen und daran erinnert, dass die Erde uns nicht gehört, sondern uns anvertraut ist. Umweltzerstörung ist aus dieser Warte kein Kollateralschaden wirtschaftlichen Handelns, sondern ein Verstoss gegen einen ursprünglichen Auftrag.

    Die prophetische Tradition. Durch die ganze Bibel zieht sich zudem eine unbequeme Stimme: die der Propheten, die wirtschaftliche Ausbeutung scharf verurteilen. Amos etwa prangert jene an, die « die Armen um ein Paar Schuhe verkaufen » (Am 2,6) – wirtschaftlicher Gewinn auf Kosten der Schwächsten ist für die prophetische Tradition kein Kavaliersdelikt, sondern ein Verrat am Bund. Diese Stimme mahnt auch heute: Wirtschaftliche Freiheit, die die Verwundbarsten entlang globaler Lieferketten übersieht, steht in einer langen Reihe biblisch verurteilter Praktiken.

    Gott an der Seite der Verwundbaren. Schliesslich zeigt sich im Kommen Gottes selbst in die Welt – in der Menschwerdung – eine bleibende Zuwendung zu den Geringen und Verletzlichen. Diese Logik der Solidarität « von unten » ist der tiefste theologische Grund dafür, dass sich kirchliches Engagement nicht mit wohlklingenden Absichtserklärungen zufriedengibt, sondern auf wirksame, einklagbare Schutzmechanismen für die tatsächlich Betroffenen drängt.

    Aus diesem biblisch-theologischen Fundament hat die katholische Soziallehre ihre Prinzipien entwickelt, mit denen sie diese Einsichten auf gesellschaftliche und rechtliche Fragen übersetzt. Das Prinzip des Gemeinwohls etwa bindet nicht nur staatliches Handeln, sondern ebenso private wirtschaftliche Akteure: Unternehmerische Freiheit ist kein Selbstzweck, sondern hat sich – ganz im Sinne der Ebenbildlichkeit aller Menschen – am Beitrag zum Wohl aller zu orientieren.

    Was folgt daraus konkret? Aus dem Zusammenspiel zweier weiterer Grundprinzipien – Subsidiarität und Solidarität – ergibt sich für uns die Forderung nach verbindlichen statt bloss freiwilligen Sorgfaltspflichten für Unternehmen. Subsidiarität bedeutet nämlich nicht, dass sich der Staat möglichst heraushält, sondern verpflichtet ihn zum Handeln, sobald die untere Ebene – hier: die freiwillige Selbstverpflichtung der Unternehmen – ihren Schutzauftrag nachweislich nicht erfüllt. Und die globale Dimension der Solidarität, wie sie die Kirche seit Populorum Progressio betont, verlangt, dass grenzüberschreitendem wirtschaftlichem Handeln auch grenzüberschreitende rechtliche Verantwortung entspricht – eine Verantwortung, die letztlich aus der Einsicht folgt, dass alle Menschen, gleich wo sie leben, dieselbe Würde teilen.

    Aus diesen Überlegungen heraus hat sich Vox Ethica entschieden, sich mit einer eigenen Stellungnahme in die Vernehmlassung zum indirekten Gegenvorschlag zur Volksinitiative «Für verantwortungsvolle Grossunternehmen – zum Schutz von Mensch und Umwelt» einzubringen.

    Vox Ethica begrüsst grundsätzlich alle Bestrebungen, die einen grösseren Schutz von Mensch und Umwelt vor den Auswirkungen menschlichen – hier im Speziellen wirtschaftlichen – Handelns fördern. In unserer Stellungnahme zeigen wir aber auch auf, wo der vorliegende Entwurf aus unserer Sicht noch nachgebessert werden sollte.

    FL. 24.07.2026

  • Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    « J’étais étranger et vous m’avez accueilli […].
    En vérité je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

    (Matthieu 25,35.40, TOB)

    Le 14 juin 2026, le peuple suisse est appelé à se prononcer sur l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », qui vise à inscrire dans la Constitution un plafond démographique contraignant qui vise à restreindre significativement l’immigration. Vox Ethica souhaite éclairer ce débat à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église et de la tradition biblique. Ces deux sources se rejoignent sur la question de l’accueil de l’étranger.

    Cette initiative ne propose pas de solutions adaptées et réalistes à des problèmes très divers. Chacun de ces sujets demande des solutions précises et adaptées. Les nombreux défis et mutations de la société actuelle ne peuvent pas être uniquement pensés à travers le prisme de la migration. Ce type de discours propose de fausses solutions et favorise les amalgames entre « étrangers » et « problèmes ».  Ces discours sont dangereux car ils donnent une fausse vision de la réalité. 

    Les préoccupations concernant les infrastructures et le logement et l’aménagement du territoire sont réelles et méritent des réponses sérieuses. Le territoire suisse n’est effectivement pas indéfiniment extensible. Les causes de la pression sur les territoires sont structurelles (répartition des logements, densité des villes, modes de déplacements, de production, urbanisme, consommation, justice économique). Les réduire à un seuil d’immigration, c’est à la fois une erreur d’analyse et un déplacement de responsabilité.

    Vision écologique dans le catholicisme

    L’apport de l’écologie intégrale, au sens de Laudato si‘, vise à prendre en compte aussi bien les aspects humains, qu’environnementaux et économiques. Les défis écologiques auxquels nous sommes confrontés, ne sont pas liés à l’immigration, mais à notre exploitation massive des ressources naturelles.  La démesure envers la création n’est pas une question secondaire et elle mérite d’être prise au sérieux. L’être humain n’est pas simplement propriétaire de la création, mais son gardien. L’Encyclique Laudato si’ nous incite à repenser nos modes de consommation et de relation à la nature, tout en respectant l’humain et particulièrement les plus vulnérables.

    « […] Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société. » Laudato si’, 91

    « Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. », Laudato si’, 50

    L’accueil de l’autre au cœur de la Révélation biblique

    De la vocation d’Abraham (Gn 12,1) à la fuite en Égypte de la Sainte Famille (Mt 2,13-15), en passant par l’esclavage et l’exode fondateurs d’Israël, l’histoire du salut est structurellement une histoire de migration. Cette mémoire n’est pas anecdotique. Elle fonde un impératif éthique répété avec une insistance sans équivalent dans le Premier Testament : « Lorsqu’un immigré résidera avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. L’immigré qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote ; tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été immigrés au pays d’Égypte. […] » (Lv 19,33-34). Nous sommes appelés à imiter Dieu et à faire preuve de sagesse par nos actes (Imitatio Dei) : « Il [Dieu] aime l’immigré » (cf. Dt 10,18). Le Nouveau Testament poursuit cette logique par l’identification de l’étranger au Christ : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35).

    Le peuple de Dieu est un peuple qui se souvient d’avoir été étranger, et qui tient de cette mémoire son éthique de l’accueil et de l’hospitalité.

    La solidarité, une valeur chrétienne centrale
    La doctrine sociale catholique nous rappelle notre devoir de solidarité, non seulement envers nos proches ou nos familles, mais envers toute personne. En effet le christianisme propose une éthique universelle, où chacun est mon prochain, quelle que soit sa nationalité, son statut, sa culture ou son origine. La solidarité ne s’adresse pas seulement à mes compatriotes, mais à toute personne dans le besoin, avec une attention particulière pour les plus vulnérables et les plus démunis. Refuser ou affaiblir le droit d’asile c’est remettre en question, non seulement l’engagement de la Suisse pour les droits de l’homme, mais c’est aussi porter atteinte au cœur de l’éthique chrétienne. Pour les chrétiens une fraternité universelle unit tous les êtres humains. Les solutions qui cherchent à diminuer notre responsabilité envers les autres ne peuvent pas se fonder sur la pensée chrétienne.

    La remise en question du regroupement familial et la mise en péril du statut de travailleur permanent, fragilisent les familles et empêchent leur intégration. Rappelons-le, la Suisse bénéficie depuis des siècles de l’apport des travailleurs et travailleuses étrangers, qui ont contribué à construire ce pays et son identité multiculturelle. Ces personnes d’origine étrangère apportent beaucoup à la Suisse au niveau économique, social et humain. Et n’oublions pas qu’une grande partie de la communauté catholique de ce pays est issue de l’immigration[i].

    Une politique qui renforce la pauvreté

    Rendre le travail des étrangers encore plus précaire n’est pas une façon de soutenir les travailleurs et travailleuses de ce pays, mais constitue d’abord une atteinte au droit du travail qui se répercute dans toute la société. Les défis actuels de la Suisse (pénurie de logements, augmentation des frais d’assurance maladie, etc.) doivent être combattus par une défense accrue des plus vulnérables et une meilleure justice sociale. Une plus grande solidarité passe par le renforcement des droits humains. Une défense des droits sociaux et économiques de tous et toutes (droit à un logement abordable, à une éducation de qualité, à la formation, à un salaire décent, etc.) est de nos jours de plus en plus nécessaire. La stigmatisation des travailleurs les plus vulnérables que l’on transforme en bouc-émissaires n’apporte aucune solution éthiquement acceptable. Ceci risquerait d’augmenter encore les emplois les plus précaires (travail saisonnier, travail au noir..). Cette initiative pourrait davantage favoriser l’exploitation des travailleurs migrants, empêcher leur pleine intégration et creuser encore les inégalités dans le monde du travail.

    Comment accueillons-nous celui qui vient ?

    L’initiative en raisonnant en termes de flux et de seuils, réduit des existences humaines à de simples chiffres dans une équation démographique. Traiter le nombre d’êtres humains présents sur un territoire comme une menace à contenir instrumentalise ces personnes au lieu de leur reconnaître un visage, une humanité. Les mesures prévues par l’initiative impliquent nécessairement que certains seront renvoyés ou exclus, non pas en vertu d’un examen de leur situation propre, mais uniquement en raison d’un calcul. Réduire des personnes et leurs familles à des chiffres constitue une atteinte évidente à leur humanité.

    «L’Église, comme une mère, marche avec ceux qui marchent. Là où le monde voit des menaces, elle voit des fils; là où l’on construit des murs, elle construit des ponts. Elle sait que son annonce de l’Évangile est crédible seulement lorsqu’elle se traduit en gestes de proximité et d’accueil ; et que dans tout migrant rejeté, le Christ lui-même frappe à la porte de la communauté. », Dilexi Te, 75.

    Florence Quinche, philosophe & Florian Lüthi, théologien, pour Vox ethica


  • Laisser pousser – mais comment ?

    Laisser pousser – mais comment ?

    Questions éthiques sur le génie génétique dans la politique agricole suisse

    Le 27 février, les signatures de l’initiative pour la protection des aliments ont été déposées. Celle-ci exige l’inscription dans la Constitution d’un examen complet des risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Vox Ethica a participé en juillet 2025 à la consultation sur la loi fédérale relative aux plantes issues des nouvelles techniques de sélection.

    Cette nouvelle loi vise à réguler de nouvelles techniques de manipulation du matériel génétique des plantes, notamment celles destinées à l’alimentation humaine. La proposition de loi prévoit la légalisation de manipulations précises du matériel génétique des plantes d’une même espèce ou issues d’espèces proches. Par cette loi, ces techniques seraient autorisées malgré le moratoire sur les OGM dont la prolongation jusqu’en 2030 a été décidée par le parlement.

    Les « nouvelles technologies de sélection » ont beau faire l’impasse sur le terme « génétique », elles n’en manipulent pas moins le génome des plantes. Les promoteurs de ces techniques les présentent comme plus précises et sûres que les techniques de modification génétique actuelles. Ils annoncent encore un rendement plus grand et une réduction d’utilisation de produits phytosanitaires. En outre, ces nouvelles techniques contribueraient à l’adaptation de l’agriculture aux défis du changement climatique.

    En réponse à ce projet de loi, Vox Ethica émet plusieurs réserves. Premièrement, il questionne la faisabilité et met en lumière les nombreux risques liés à deux filières de production et de distribution parallèles. Deuxièmement, il met en cause l’appellation « nouvelles technologies de sélection ». En effet, en introduisant cette appellation, la loi crée une nouvelle terminologie qui vise à contourner le moratoire sur les OGM. Notre service estime que cette différenciation est indue et qu’elle soulève des questions d’ordre démocratique.

    Finalement, le vrai enjeu et la ligne rouge à ne pas franchir relèvent de l’irréversibilité des manipulations génétiques, aussi ciblées et évolutives soient-elles. Les modifications génétiques étant transmises à la descendance, il devient difficile de justifier l’implantation d’une technique, prometteuse mais incertaine, avec tous les risques non encore maîtrisés qu’elle comporte, au sein d’une temporalité riche de plusieurs milliards d’années d’évolution.

    Dans son Encyclique Laudato si’ promulguée en 2015, le pape François constate une exploitation massive de la terre et de ses ressources. Il insiste sur l’humilité, la responsabilité et le respect de la création incombant aux chrétiens. Pour affronter ces défis, François propose une approche d’écologie intégrale allant au-delà des solutions purement technologiques. Cette démarche suppose un développement qui prend en compte tous les aspects du développement humain et non seulement les aspects économiques. Dans cette même perspective d’écologie intégrale, Vox Ethica préconise le respect du moratoire actuel et soutient une vision de l’agriculture plus respectueuse de la réalité du contexte suisse, à échelle humaine et garante d’une durabilité sociale et environnementale au service du bien commun et de l’ensemble du vivant.

    FL/FQ

  • Wachsen lassen – aber wie?

    Wachsen lassen – aber wie?

    Ethische Fragen zur Gentechnik in der Schweizer Agrarpolitik

    Am 27. Februar wurden die Unterschriften zur Lebensmittelschutzinitiative eingereicht. Diese Fordert eine umfassende Risikoprüfung für gentechnisch modifizierte Organismen (GMO) in der Verfassung. Vox Ethica hat im Juli 2025 an der Vernehmlassung zum Bundesgesetz über Pflanzen aus neuen Züchtungstechnologien teilgenommen. 

    Dieses neue Gesetz soll neue Techniken zur Manipulation des genetischen Materials von Pflanzen regulieren. Unter die neue Gesetzgebung fallen auch Pflanzen, die für den menschlichen Verzehr bestimmt sind. Der Gesetzesentwurf sieht die Legalisierung von zwei Verfahren der genetischen Veränderung (gezielte Cisgenese und Mutagenese) vor. In beiden Fällen handelt es sich um präzise Manipulationen des genetischen Materials von Pflanzen derselben Art oder von verwandten Arten. Mit diesem Gesetz würden diese Techniken, trotz des vom Parlament bis 2030 verlängerten Moratoriums für den Anbau von gentechnisch veränderten Pflanzen, zugelassen.  

    Die „neuen Züchtungstechniken“ mögen zwar den Begriff „Gentechnik“ vermeiden, aber sie manipulieren dennoch das Genom von Pflanzen. Die Befürworter dieser Techniken präsentieren sie als präziser und sicherer als die derzeitigen Techniken der genetischen Veräderung. Sie versprechen zudem höhere Erträge und einen geringeren Einsatz von Pflanzenschutzmitteln. Darüber hinaus sollen diese Techniken einen Beitrag zur Anpassung der  Landwirtschaft an die Herausforderungen des Klimawandels leisten. Das neue Gesetz sieht eine Reihe von Zulassungs-, Selbstkontroll- und Sanktionsmassnahmen im Zusammenhang mit der Einführung dieser neuen Züchtungstechniken vor. Es sollen zwei getrennte Produktions- und Vertriebskanäle betrieben werden. Auf diese Weise hätten die Verbraucher und Produzenten die Wahl zwischen gentechnisch veränderten und nicht veränderten Produkten. 

    Vox Ethica hat zu diesem Gesetzentwurf mehrere Vorbehalte geäussert. Ersten stellt sie die Durchführbarkeit infrage und weist auf die zahlreichen Risiken hin, die mit zwei parallelen Produktions- und Vertriebskanälen verbunden sind. Zweitens stellt sich die Dienststelle gegen die Bezeichnung „neue Züchtungstechnologien”. Mit der Einführung dieser Bezeichnung schafft das Gesetz eine neue Terminologie, die darauf abzielt, das Moratorium für den Anbau von gentechnisch veränderten Pflanzen zu umgehen. Vox Ethica ist der Ansicht, dass diese Unterscheidung unzulässig ist und auch demokratische Fragen aufwirft. 

    Letztendlich liegen die eigentliche Herausforderung sowie die rote Linie, die nicht überschritten werden darf, in der Unumkehrbarkeit der genetischen Manipulationen, so zielgerichtet und entwicklungsfähig sie auch sein mögen. Da genetische Veränderungen an die Nachkommen weitergegeben werden, ist es schwierig, die Einführung einer jungen, vielversprechenden, aber unsicheren Technik mit all den noch nicht beherrschten Risiken, die sie mit sich bringt, in einem Zeitrahmen von mehreren Milliarden Jahren Evolution zu rechtfertigen.  

    In seiner 2015 veröffentlichten Enzyklika Laudato si’ stellt Papst Franziskus eine massive Ausbeutung der Erde und ihrer Ressourcen fest. Er betont die Demut, Verantwortung und Wahrung der Schöpfung, die den Christen obliegt. Um diesen Herausforderungen zu begegnen, schlägt Franziskus eine ganzheitliche Ökologie vor, die über rein technologische Lösungen hinausgeht. Dieser Ansatz setzt eine Entwicklung voraus, die alle Aspekte der menschlichen Entwicklung berücksichtigt und nicht nur die wirtschaftlichen. Aus dieser Perspektive lehnt Vox Ethika den Entwurf des neuen Gesetzes ab. Die Dienststelle befürwortet die Einhaltung des derzeitigen Moratoriums und unterstützt eine Vision der Landwirtschaft, die den schweizerischen Verhältnissen besser gerecht wird. Dabei handelt es sich um eine Landwirtschaft auf menschlicher Ebene mit kleinen bis mittelgrossen Betrieben, die ihre soziale und ökologische Verantwortung in den Dienst des Gemeinwohls und aller Lebewesen stellt. 

    FL / FQ