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  • Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    L’Église catholique s’engage depuis des décennies pour le respect des droits humains. Depuis l’encyclique Laudato si’ au plus tard, la protection de l’environnement et la lutte contre les conséquences du changement climatique comptent également parmi ses préoccupations. Un monde où chaque être humain peut réaliser son potentiel est une tâche qui concerne l’ensemble de la société: une tâche qui incombe à tous les acteurs sociaux, et non au seul État.

    Cette conviction n’est pas simplement une position ecclésiale, que l’on pourrait tout aussi bien fonder autrement. Elle plonge ses racines dans la vision biblique de l’être humain et du monde.

    L’être humain comme image de Dieu. Au commencement de la Bible se trouve l’affirmation que l’être humain est créé à l’image de Dieu – chaque être humain, sans exception (Gn 1,26–27). C’est de cette ressemblance divine que la tradition chrétienne tire la dignité inaliénable de toute personne, une dignité qui ne peut être subordonnée à aucune opportunité économique ou politique. Là où les chaînes d’approvisionnement plongent des personnes dans la pauvreté, l’exploitation ou le déplacement forcé, c’est cette ressemblance divine elle-même qui est atteinte.

    La création comme bien confié. Le même récit de la création confie à l’être humain la tâche de « cultiver et de garder » le jardin (Gn 2,15). Il s’agit d’un mandat de soin, non d’exploitation sans égard. Le pape François a repris cette idée dans Laudato si’, rappelant que la terre ne nous appartient pas, mais nous est confiée. Dans cette perspective, la destruction de l’environnement n’est pas un dommage collatéral de l’activité économique, mais une violation d’un mandat originel.

    La tradition prophétique. Toute la Bible est traversée par une voix dérangeante : celle des prophètes, qui condamnent sévèrement l’exploitation économique. Amos, par exemple, dénonce ceux qui « vendent le pauvre pour une paire de sandales » (Am 2,6). Pour la tradition prophétique, le profit économique réalisé au détriment des plus faibles n’est pas un simple écart de conduite, mais une trahison de l’alliance avec Dieu. Cette voix nous interpelle encore aujourd’hui : une liberté économique qui ignore les plus vulnérables tout au long des chaînes d’approvisionnement mondiales s’inscrit dans une longue série de pratiques condamnées par la Bible.

    Dieu aux côtés des plus vulnérables. Enfin, la venue même de Dieu dans le monde – l’incarnation – manifeste une attention durable envers les petits et les vulnérables. Cette logique de solidarité « par le bas » constitue la raison théologique la plus profonde pour laquelle l’engagement ecclésial ne se satisfait pas de déclarations d’intention bien formulées, mais insiste sur des mécanismes de protection efficaces et opposables en justice pour les personnes réellement concernées.

    C’est sur ce fondement biblique et théologique que la doctrine sociale de l’Église a développé ses principes, traduisant ces intuitions en principes. Le principe du bien commun, par exemple, ne s’applique pas seulement à l’action de l’État, mais engage tout autant les acteurs économiques privés : la liberté d’entreprendre n’est pas une fin en soi, mais doit s’orienter – précisément en vertu de cette ressemblance divine partagée par tous les êtres humains – vers la contribution au bien de tous.

    Qu’en découle-t-il concrètement ? De l’articulation de deux autres principes fondamentaux (la subsidiarité et la solidarité ) découle l’exigence d’obligations de diligence contraignantes, et non simplement volontaires, pour les entreprises. La subsidiarité ne signifie en effet pas que l’État doive se tenir le plus possible à l’écart, mais l’oblige au contraire à intervenir dès lors que l’échelon inférieur – ici : l’engagement volontaire des entreprises – ne remplit manifestement pas sa mission de protection. La dimension mondiale de la solidarité, que l’Église souligne depuis Populorum Progressio, exige qu’à une activité économique transfrontalière corresponde également une responsabilité juridique transfrontalière . Une responsabilité qui découle en définitive de la conviction que tous les êtres humains, où qu’ils vivent, partagent la même dignité.

    C’est à partir de ces réflexions que Vox Ethica a décidé de s’engager, par cette prise de position, dans la consultation relative au contre-projet indirect à l’initiative populaire « Pour des multinationales responsables – afin de protéger l’être humain et l’environnement ».

    Vox Ethica salue par principe toutes les démarches qui favorisent une meilleure protection de l’être humain et de l’environnement face aux conséquences de l’activité humaine. Dans sa prise de position, Vox Ethica montre toutefois aussi les points sur lesquels le projet actuel devrait, à son avis, encore être amélioré.

    FL. 24.07.2026

  • Journée sur l’écologie intégrale à Fribourg

    Journée sur l’écologie intégrale à Fribourg

    Cette première journée nationale a été organisée par Vox Ethica (Florian Lüthi et Florence Quinche) le 23 juin 2026 à Fribourg. Elle a rassemblé différent·e·s acteur·e·s de l’Eglise catholique et d’organisations œcuméniques autour des projets menés sur l’Ecologie intégrale. Les objectifs de la journée visaient à identifier les acteurs des différentes régions de l’Eglise catholique suisse intéressé.e.s par l’écologie intégrale tout en leur permettant de se rencontrer et d’échanger sur leurs projets et besoins respectifs.

    Josef Stübi, évêque auxiliaire de Bâle a ouvert la journée avec un témoignage tiré de son enfance où le lien du monde paysan à la nature était encore fortement teinté de religiosité et de respect. Il nous a rappelé que penser la nature comme une Création, c’est-à-dire la percevoir comme un don sacré, transforme radicalement notre rapport à la nature et nous en impose un profond respect.

    L’introduction de la journée a été faite par une scientifique spécialiste du changement transformatif et de la préservation de la biodiversité Dorothea Hug Peter (https://biodiversitaet.scnat.ch/). Elle a explicité les éléments clés de la notion de changement transformatif et également proposé d’expérimenter la réflexion sur la création de projets d’écologie intégrale en Eglise, à partir d’exemples de cas pratiques. Les participant.e.s ont donc réfléchi avec un jeu de cartes créé à cet effet, sur comment intégrer les dimensions écologiques (préservations de la nature, mais aussi la prise en compte des valeurs sociales) dans des projets locaux.

    L’importance des aspects spirituels de notre lien à la Création a été mise en évidence par le théologien Michel Maxime Egger (https://trilogies.org/) , qui a proposé une réflexion à partir de Laudato si’ et de la théologie orthodoxe. Il a notamment rappelé que la protection de la Création n’est pas un aspect secondaire de la foi chrétienne, mais un élément central qui ne peut être marginalisé. Il a expliqué ainsi l’importance d’une conversion intérieure de chacun, afin que le changement soit porté par un réel amour de la Création et pas simplement par un sentiment de devoir ou un conformisme extérieur. Son appel à la prise de conscience des causes humaines de la crise écologique résonne avec celui de notre pouvoir de changer les choses. Nos paradigmes de pensée sont ainsi à renouveler, pour qu’un changement profond de la société puisse avoir lieu. En référence au Patriarche Bartholomée 1er, il évoque une métanoïa individuelle et collective.

    Le réseau œcuménique suisse-romand Ecoéglise (https://ecoeglise.ch/ ) a été présenté par Lara Florine Schmid. Cette association rassemble des paroisses et communautés de croyants de toute la Suisse romande. Elle propose notamment des échanges, des outils d’écodiagnostic, du matériel de réflexion et un calendrier partagé et du partage de ressources en ligne (activités, textes pour les célébrations et l’enseignement). Le 3.10.2026 aura lieu à Lausanne la journée annuelle du réseau.

    Roberto de Col a explicité les axes principaux du Conseil épiscopal sur l’Ecologie du Diocèse Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel (https://diocese-lgf.ch/conseil-episcopal-ecologie/ ). Les domaines d’action identifiés sont : les célébrations et l’enseignement, les infrastructures, l’engagement solidaire et éthique, la consommation (dont la mobilité), les finances et la biodiversité. Ces axes couvrent différents types de relations : à Dieu, à soi, aux autres et au vivant.

    Le projet de Conseil cantonal de l’Eglise catholique du canton de Vaud (https://www.cath-vd.ch/justice-ecologique-sociale/) a été détaillé par Lucia Castro Navia. Ce Conseil vise, dans un esprit de synodalité, à favoriser une réflexion commune autour de l’intégration des principes d’écologie intégrale dans les paroisses du canton de Vaud. En 2026, 4 rencontres auront lieu, avec plus de 30 personnes invitées, laïques, religieux et bénévoles. Cet espace de discussion ouvert vise à échanger sur la façon de faire vivre l’écologie concrètement dans l’Eglise. Le mouvement et matériel Détox la terre (https://detoxlaterre.ch/), destiné à favoriser une approche décroissante de la consommation, a également été présenté.

    Les projets et le riche matériel d’Oeku, Eglises pour l’environnement, qui fête cette année son jubilé des 40 ans (https://oeku.ch), ont été détaillés par Olivier Ottet. Les différentes certifications (Coq vert) ont aussi été présentées.

    Corinne Zaugg de l’Union féminine catholique tessinoise a relaté les étapes et le processus de création d’un jardin communautaire Laudato si’ dans le cloître de San Giuseppe du diocèse de Lugano (https://ufct.ch/giardino-laudato-si/) ainsi que les activités génératrices de liens organisées autour du jardin. Ce jardin sera inauguré le 6 septembre 2026.

    Le chargé de durabilité (Nachhaltigkeitsbeauftragter) de l’Église catholique du canton de Zurich, Markus Staudinger, a présenté le modèle zurichois de développement durable ecclésial, structuré en trois temps : comment ancrer la durabilité à grande échelle (stratégie participative en 2021), comment produire des effets concrets (via sept champs d’action : biodiversité, écospiritualité, énergie, déchets, consommation, finances et mobilité, complétés par trois champs transversaux : communication, engagement, coopération et partenariats), et ce qui favorise réellement le changement. Ce dernier point repose sur un principe central : la relation passe avant le conseil technique. Un modèle en deux étapes (visite et prise de contact d’abord, conseil ensuite) vise à entrer en relation avec chaque paroisse d’ici 2027, car la confiance est la condition de l’engagement. Résultat tangible à ce jour : −36,6 % d’émissions CO₂ depuis 2019. https://www.zhkath.ch/engagement/oekologie-und-nachhaltigkeit

    Adrian Craciun du Service formations de l’Eglise catholique dans le canton de Fribourg a présenté les nombreuses activités de la Saison de la création proposées par les paroisses ainsi qu’un projet de Guide liturgique sur le thème de la Création. Les textes et commentaires de ce guide ont pour objectif de faciliter l’intégration de ce thème dans les célébrations.https://www.cath-fr.ch/sengager-dans-la-societe/eglise-et-ecologie/ecologie-chez-nous/temps-pour-la-creation/

    La journée a rassemblé 26 acteurs de toutes les régions et diocèses de Suisse et a permis de riches échanges. Elle s’est conclue sur la mise en commun de souhaits et d’idées pour la suite du réseau. Le principe d’une journée annuelle en présentiel a été maintenu. La journée de 2027 pourrait comprendre la visite de projets de paroisses ou de communautés engagées dans la transformation écologique.

    L’ouverture à davantage d’œcuménisme serait également intéressante pour ce type de réseau. L’idée est aussi de travailler durant la journée sur les projets en cours des participant·e·s. Un accent sur la spiritualité pourrait également être intégré dans ces journées, peut-être en lien avec la célébration nationale de la création.

    Une partie des activités du réseau pourrait également avoir lieu en ligne, notamment par une rencontre Zoom, pour celles et ceux qui n’ont pas pu participer à la première rencontre et pour préparer celle de 2027. Le partage des documents et événements entre les membres du réseau va continuer en ligne au moyen d’un Padlet participatif.

    Les personnes intéressées à rejoindre le réseau sont invitées à nous contacter : Vox Ethica : info@voxethica.ch

  • Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    « J’étais étranger et vous m’avez accueilli […].
    En vérité je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

    (Matthieu 25,35.40, TOB)

    Le 14 juin 2026, le peuple suisse est appelé à se prononcer sur l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », qui vise à inscrire dans la Constitution un plafond démographique contraignant qui vise à restreindre significativement l’immigration. Vox Ethica souhaite éclairer ce débat à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église et de la tradition biblique. Ces deux sources se rejoignent sur la question de l’accueil de l’étranger.

    Cette initiative ne propose pas de solutions adaptées et réalistes à des problèmes très divers. Chacun de ces sujets demande des solutions précises et adaptées. Les nombreux défis et mutations de la société actuelle ne peuvent pas être uniquement pensés à travers le prisme de la migration. Ce type de discours propose de fausses solutions et favorise les amalgames entre « étrangers » et « problèmes ».  Ces discours sont dangereux car ils donnent une fausse vision de la réalité. 

    Les préoccupations concernant les infrastructures et le logement et l’aménagement du territoire sont réelles et méritent des réponses sérieuses. Le territoire suisse n’est effectivement pas indéfiniment extensible. Les causes de la pression sur les territoires sont structurelles (répartition des logements, densité des villes, modes de déplacements, de production, urbanisme, consommation, justice économique). Les réduire à un seuil d’immigration, c’est à la fois une erreur d’analyse et un déplacement de responsabilité.

    Vision écologique dans le catholicisme

    L’apport de l’écologie intégrale, au sens de Laudato si‘, vise à prendre en compte aussi bien les aspects humains, qu’environnementaux et économiques. Les défis écologiques auxquels nous sommes confrontés, ne sont pas liés à l’immigration, mais à notre exploitation massive des ressources naturelles.  La démesure envers la création n’est pas une question secondaire et elle mérite d’être prise au sérieux. L’être humain n’est pas simplement propriétaire de la création, mais son gardien. L’Encyclique Laudato si’ nous incite à repenser nos modes de consommation et de relation à la nature, tout en respectant l’humain et particulièrement les plus vulnérables.

    « […] Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société. » Laudato si’, 91

    « Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. », Laudato si’, 50

    L’accueil de l’autre au cœur de la Révélation biblique

    De la vocation d’Abraham (Gn 12,1) à la fuite en Égypte de la Sainte Famille (Mt 2,13-15), en passant par l’esclavage et l’exode fondateurs d’Israël, l’histoire du salut est structurellement une histoire de migration. Cette mémoire n’est pas anecdotique. Elle fonde un impératif éthique répété avec une insistance sans équivalent dans le Premier Testament : « Lorsqu’un immigré résidera avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. L’immigré qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote ; tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été immigrés au pays d’Égypte. […] » (Lv 19,33-34). Nous sommes appelés à imiter Dieu et à faire preuve de sagesse par nos actes (Imitatio Dei) : « Il [Dieu] aime l’immigré » (cf. Dt 10,18). Le Nouveau Testament poursuit cette logique par l’identification de l’étranger au Christ : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35).

    Le peuple de Dieu est un peuple qui se souvient d’avoir été étranger, et qui tient de cette mémoire son éthique de l’accueil et de l’hospitalité.

    La solidarité, une valeur chrétienne centrale
    La doctrine sociale catholique nous rappelle notre devoir de solidarité, non seulement envers nos proches ou nos familles, mais envers toute personne. En effet le christianisme propose une éthique universelle, où chacun est mon prochain, quelle que soit sa nationalité, son statut, sa culture ou son origine. La solidarité ne s’adresse pas seulement à mes compatriotes, mais à toute personne dans le besoin, avec une attention particulière pour les plus vulnérables et les plus démunis. Refuser ou affaiblir le droit d’asile c’est remettre en question, non seulement l’engagement de la Suisse pour les droits de l’homme, mais c’est aussi porter atteinte au cœur de l’éthique chrétienne. Pour les chrétiens une fraternité universelle unit tous les êtres humains. Les solutions qui cherchent à diminuer notre responsabilité envers les autres ne peuvent pas se fonder sur la pensée chrétienne.

    La remise en question du regroupement familial et la mise en péril du statut de travailleur permanent, fragilisent les familles et empêchent leur intégration. Rappelons-le, la Suisse bénéficie depuis des siècles de l’apport des travailleurs et travailleuses étrangers, qui ont contribué à construire ce pays et son identité multiculturelle. Ces personnes d’origine étrangère apportent beaucoup à la Suisse au niveau économique, social et humain. Et n’oublions pas qu’une grande partie de la communauté catholique de ce pays est issue de l’immigration[i].

    Une politique qui renforce la pauvreté

    Rendre le travail des étrangers encore plus précaire n’est pas une façon de soutenir les travailleurs et travailleuses de ce pays, mais constitue d’abord une atteinte au droit du travail qui se répercute dans toute la société. Les défis actuels de la Suisse (pénurie de logements, augmentation des frais d’assurance maladie, etc.) doivent être combattus par une défense accrue des plus vulnérables et une meilleure justice sociale. Une plus grande solidarité passe par le renforcement des droits humains. Une défense des droits sociaux et économiques de tous et toutes (droit à un logement abordable, à une éducation de qualité, à la formation, à un salaire décent, etc.) est de nos jours de plus en plus nécessaire. La stigmatisation des travailleurs les plus vulnérables que l’on transforme en bouc-émissaires n’apporte aucune solution éthiquement acceptable. Ceci risquerait d’augmenter encore les emplois les plus précaires (travail saisonnier, travail au noir..). Cette initiative pourrait davantage favoriser l’exploitation des travailleurs migrants, empêcher leur pleine intégration et creuser encore les inégalités dans le monde du travail.

    Comment accueillons-nous celui qui vient ?

    L’initiative en raisonnant en termes de flux et de seuils, réduit des existences humaines à de simples chiffres dans une équation démographique. Traiter le nombre d’êtres humains présents sur un territoire comme une menace à contenir instrumentalise ces personnes au lieu de leur reconnaître un visage, une humanité. Les mesures prévues par l’initiative impliquent nécessairement que certains seront renvoyés ou exclus, non pas en vertu d’un examen de leur situation propre, mais uniquement en raison d’un calcul. Réduire des personnes et leurs familles à des chiffres constitue une atteinte évidente à leur humanité.

    «L’Église, comme une mère, marche avec ceux qui marchent. Là où le monde voit des menaces, elle voit des fils; là où l’on construit des murs, elle construit des ponts. Elle sait que son annonce de l’Évangile est crédible seulement lorsqu’elle se traduit en gestes de proximité et d’accueil ; et que dans tout migrant rejeté, le Christ lui-même frappe à la porte de la communauté. », Dilexi Te, 75.

    Florence Quinche, philosophe & Florian Lüthi, théologien, pour Vox ethica


  • « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast  avec Jean-Claude Huot

    « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast avec Jean-Claude Huot

    entretien avec F. Quinche le 5 mars à Fribourg (15′)

    à propos du livre « Ecouter les invisibles, un aumônier au cœur du travail raconte »,  paru aux éditions St Augustin en 2025, ouvrage préfacé par Ada Marra.

    Quelques questions abordées durant l’entretien :

    -Quel est le public visé par l’aumônerie du travail en Suisse ? Qui peut s’adresser à ce service ?

    – Le livre « Ecouter les invisibles » donne la parole aux personnes qui vivent des difficultés liées au monde du travail actuel, quel message ces personnes nous transmettent-elles ?

    -Les aumôniers et aumônières du travail sont en quelque sorte aux premières loges pour voir les situations sociales difficiles en lien avec le monde du travail actuel. Comment décrire les besoins des personnes qui viennent rencontrer les aumôniers ?

    -A travers les récits de personnes rencontrées on perçoit les mutations du monde du travail, comment l’aumônier-aumônière peut-il répondre à ces situations extrêmement difficiles ?

    -Quel rôle joue la confiance dans la construction de cette relation d’aide ?

    -L’impuissance de l’aumônier-aumônière face à certaines situations est souvent mentionnée dans le livre, mais comment ne pas se décourager face aux limites de ses possibilités d’action ?

    ***

  • Placés, internés, oubliés ?

    Placés, internés, oubliés ?

    Histoire(s) des mesures de coercition à des fins d’assistance en Suisse. » Exposition itinérante

    Actuellement présentée au musée historique de Lausanne jusqu’au 15 mars 2026, l’exposition voyagera ensuite à Lucerne  (mai à octobre 2026), puis Schaffhouse (décembre 26 à mai 2027), Bellinzone (mai-octobre 2027), puis Berne (novembre 2027 à février 2028). Mandatée par l’Office fédéral de la justice, dans le cadre du programme « Se souvenir pour l’avenir », elle est accompagnée d’un riche matériel pédagogique https://assistance-coercition.ch adapté aux trois régions linguistiques (témoignages, parcours didactiques pour l’éducation à la citoyenneté et l’histoire) réalisé notamment par les hautes écoles pédagogiques de Lucerne et du canton de Vaud et la Scuola Universitaria professionale della Svizzera italiana.

    L’exposition met en lumière les placements à des fins d’assistance, qui ont concerné plus de 100 000 personnes en Suisse au cours du 20ème siècle. Il s’agit de mesures de contrainte (emprisonnement, internement, placement extra familial forcé) opérées sans le consentement des personnes concernées et sans possibilité de recours. Ces placements  aboutissaient le plus souvent à la séparation des familles. Découlant du Code pénal de 1912 (Art. 284, 369, 370, 406) et de l’Arrêté du 24.10.1939 (qui devient une loi en 1941), ces mesures ont perduré jusque dans les années 1980. Elles concernaient majoritairement des enfants et adolescent.e.s.

    Les arguments invoqués étaient le plus souvent liés à la morale de l’époque ou à la précarité (chômage, enfants nés hors-mariage, maladie des parents, etc.). Des enfants de Yéniches ont aussi été ainsi séparés de leurs familles et placés, voire internés.  Il s’agissait de « protéger » ces personnes de leur milieu familial ou d’elles-mêmes, en les privant de liberté et en les séparant de leurs proches. Mais ces placements souvent loin de permettre à ces personnes de se construire, étaient associés à divers types de violences (physiques, psychiques, travail forcé, stérilisation ou castration forcée, expérimentation pharmaceutique non consentie, exclusion sociale..). De 1930 à 1980, ces internements administratifs ont concerné 648 institutions (prisons, colonies pénitentiaires, foyers) réparties dans de nombreux cantons. L’exposition met le focus sur Vaud, Berne, Schaffhouse, Lucerne et le Tessin.

    Cette histoire est longtemps restée inconnue du grand public. Les victimes de ces injustices se sont tues durant de nombreuses années à l’exception de quelques personnes qui ont publié des récits de vie. Mais parler était difficile dans un contexte où ces situations dérangeaient, car elles allaient à l’encontre de l’ image d’une Suisse « moderne »  et « libérale ». C’est une toute autre histoire des institutions qui apparaît ainsi : coercitives, paternalistes et souvent violentes.

    L’exposition met en avant les parcours de vie des enfants placés, à travers des témoignages audio et vidéo, mais aussi par l’accès aux dossiers administratifs de ces personnes. Se croisent alors le vécu des situations et le regard administratif des autorités.
    A travers ces témoignages, on découvre que les conséquences de ces internements injustes. Les violences subies et la stigmatisation qui les accompagnait ont souvent impacté ces personnes tout au long de leur vie.

    C’est grâce à l’aboutissement d’une initiative populaire que des changements législatifs ont pû être initiés et aboutir en 2016 à une loi visant à une réparation financière pour les victimes. Cette loi fédérale sur les « Mesures de coercition à des fins d’assistance et les placements extra familiaux antérieurs à 1981 » permet une compensation financière (25 000 chf) pour les victimes et un accès facilité à leur dossier administratif. Mais ces compensations n’effacent pas les souffrances vécues et ne dédouanent pas du devoir de mémoire, ni de l’analyse visant à comprendre les mécanismes qui ont pû conduire à ces injustices. C’est là qu’intervient la recherche scientifique, dans l’optique de comprendre comment ces dérives ont pû avoir lieu et concerner autant de personnes et d’institutions. La recherche historique permet aussi de montrer en quoi ces témoignages ne sont pas simplement des voix individuelles ou purement subjectives. Elle complète, resitue dans un contexte les discours au moyen des traces matérielles (dossiers, documents administratifs, iconographies..).

    Les impacts de ces recherches touchent autant à l’écriture de l’histoire de la Suisse, qu’au devoir de mémoire afin que ne tombent pas dans l’oubli les victimes, ou « survivant.e.s » comme se nomment certain.e.s des témoins dont le parcours est présenté dans l’exposition.

    F.Q. 12.03.26

  • Laisser pousser – mais comment ?

    Laisser pousser – mais comment ?

    Questions éthiques sur le génie génétique dans la politique agricole suisse

    Le 27 février, les signatures de l’initiative pour la protection des aliments ont été déposées. Celle-ci exige l’inscription dans la Constitution d’un examen complet des risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Vox Ethica a participé en juillet 2025 à la consultation sur la loi fédérale relative aux plantes issues des nouvelles techniques de sélection.

    Cette nouvelle loi vise à réguler de nouvelles techniques de manipulation du matériel génétique des plantes, notamment celles destinées à l’alimentation humaine. La proposition de loi prévoit la légalisation de manipulations précises du matériel génétique des plantes d’une même espèce ou issues d’espèces proches. Par cette loi, ces techniques seraient autorisées malgré le moratoire sur les OGM dont la prolongation jusqu’en 2030 a été décidée par le parlement.

    Les « nouvelles technologies de sélection » ont beau faire l’impasse sur le terme « génétique », elles n’en manipulent pas moins le génome des plantes. Les promoteurs de ces techniques les présentent comme plus précises et sûres que les techniques de modification génétique actuelles. Ils annoncent encore un rendement plus grand et une réduction d’utilisation de produits phytosanitaires. En outre, ces nouvelles techniques contribueraient à l’adaptation de l’agriculture aux défis du changement climatique.

    En réponse à ce projet de loi, Vox Ethica émet plusieurs réserves. Premièrement, il questionne la faisabilité et met en lumière les nombreux risques liés à deux filières de production et de distribution parallèles. Deuxièmement, il met en cause l’appellation « nouvelles technologies de sélection ». En effet, en introduisant cette appellation, la loi crée une nouvelle terminologie qui vise à contourner le moratoire sur les OGM. Notre service estime que cette différenciation est indue et qu’elle soulève des questions d’ordre démocratique.

    Finalement, le vrai enjeu et la ligne rouge à ne pas franchir relèvent de l’irréversibilité des manipulations génétiques, aussi ciblées et évolutives soient-elles. Les modifications génétiques étant transmises à la descendance, il devient difficile de justifier l’implantation d’une technique, prometteuse mais incertaine, avec tous les risques non encore maîtrisés qu’elle comporte, au sein d’une temporalité riche de plusieurs milliards d’années d’évolution.

    Dans son Encyclique Laudato si’ promulguée en 2015, le pape François constate une exploitation massive de la terre et de ses ressources. Il insiste sur l’humilité, la responsabilité et le respect de la création incombant aux chrétiens. Pour affronter ces défis, François propose une approche d’écologie intégrale allant au-delà des solutions purement technologiques. Cette démarche suppose un développement qui prend en compte tous les aspects du développement humain et non seulement les aspects économiques. Dans cette même perspective d’écologie intégrale, Vox Ethica préconise le respect du moratoire actuel et soutient une vision de l’agriculture plus respectueuse de la réalité du contexte suisse, à échelle humaine et garante d’une durabilité sociale et environnementale au service du bien commun et de l’ensemble du vivant.

    FL/FQ

  • Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Lors de l’ouverture de la session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tenu des propos clairs : « Partout dans le monde, les droits humains font l’objet d’une attaque frontale. Cette attaque ne vient ni de l’ombre ni par surprise. Non, la lutte est menée au vu et au su de tous, et ce par ceux qui sont au pouvoir. ». Les nations Unies ont joué un rôle historique dans la promotion des droits

    Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et la présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, Annalena Baerbock, ont tous deux tiré la même conclusion accablante dans leurs discours. Sans les nommer, ils ont déclaré que certains dirigeants se considéraient au-dessus des lois, remettant ainsi en question des principes fondamentaux qui semblaient longtemps acquis.

    Quotidiennement, les droits humains, même les plus fondamentaux, sont mis à mal, notamment par des atteintes envers la liberté d’expression et d’opinion, de nouvelles formes d’esclavage et de travail forcé, ou des traitements cruels et inhumains.

    Que faire face à cette évolution inquiétante ? Volker Türk souhaite mettre en place une alliance mondiale d’acteurs étatiques et de la société civile qui s’opposent à cette évolution et défendent les droits humains.

    Quel peut-être le rôle spécifique des Eglises dans cette situation ? De nombreuses Églises chrétiennes, mais aussi d’autres religions et croyant.e.s du monde entier s’engagent en faveur des droits humains et civils, ainsi que pour une vie digne pour tous et toutes. Cet engagement se traduit par des prises de position publiques ainsi que par des aides concrètes (juridiques, sociales, économiques) aux personnes vulnérables. Les aspects éducatifs ne sont pas à négliger, nombre d’organismes religieux proposent des services éducatifs visant à favoriser l’inclusion des plus précaires, par la formation professionnelle ou visant l’exercice de la citoyenneté. Eléments qui contribuent à une implémentation concrète des droits, à l’empowerment des personnes et des collectivités. En effet, au cœur du message Evangélique, cette exigence à venir en aide aux personnes dans le besoin, car chaque être humain est pensé à l’image de Dieu. Quelle que soit son origine, son milieu social il est pensé comme porteur d’une dignité inaliénable.

    En 1963, dans l’encyclique « Pacem in Terris » , Jean XXIII, s’engageait déjà au nom de l’Église catholique, en faveur des droits humains et d’un ordre mondial multilatéral fondé sur le droit, tel que promu par l’ONU. Le Concile Vatican II et les papes suivants ont confirmé cette voie, tout comme Léon XIV dans son Discours aux corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège du 9 janvier 2026 :

    « (…) les Nations Unies ont joué un rôle médiateur dans les conflits, encouragé le développement et aidé les États à protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Dans un monde confronté à des défis complexes tels que les tensions géopolitiques, les inégalités et les crises climatiques, l’organisation devrait jouer un rôle fondamental pour favoriser le dialogue et l’aide humanitaire, contribuant ainsi à construire un avenir plus juste. »

    Or la Suisse, en matière de protection des individus et de libertés fondamentales a encore des progrès à faire, par exemple rappelons qu’elle n’a pas signé la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et membres de leurs familles (1990). Convention qui vise précisément à les protéger de l’exploitation et des violations des droits de l’homme.

    L’Institut suisse des droits humains (ISDH, https://www.isdh.ch/fr, https://www.isdh.ch/de ), situé à Fribourg, s’engage depuis 2023 sur le plan national pour la protection et la promotion des droits fondamentaux. Indépendant des pouvoirs publics, il contribue notamment à des rapports sur la situation et l’évolution des droits humains en Suisse. Toute personne ou institution travaillant dans ce domaine peut demander à en devenir membre.

    FL / FQ 26.2.2026

  • Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    D’un point de vue chrétien, lorsqu’on réfléchit à ses choix, on ne peut faire abstraction des conséquences prévisibles de ses choix, non seulement pour soi-même ou ses proches, mais également pour l’impact sociétal de ces choix. C’est là que nos choix deviennent proprement éthiques (et pas seulement un calcul d’intérêts).

    On peut s’interroger sur les valeurs ou principes qui nous font prendre une décision (se base-t- on sur des valeurs religieuses ou d’éthique sociale, philosophiques ou est-on uniquement influencé.e par des émotions : est-ce la peur ? la confiance ? L’espérance dans une société plus juste ? On peut aussi se demander d’où viennent ces émotions que génère telle ou telle thématique ? (médias, expériences, histoire personnelle, contexte social, éducation..) et pourquoi l’on vit des émotions si différentes face au même thème ?  Ceci amène à s’interroger sur la valeur même d’une démocratie, lorsque l’on vote. Est-ce uniquement pour défendre nos intérêts, ou vise-t-on autre chose ? Le type de rapports sociaux et de société que l’on souhaite voir éclore ?

    Que signifie la réaction de ne vouloir « être influencé par personne », que l’on oppose si souvent aux discours religieux?  C’est d’une façon considérer que l’on n’a rien à apprendre des autres quels qu’ils soient. Et c’est un paradoxe, qu’à l’heure où l’information n’a jamais été autant diffusée et facile d’accès, on s’enferme dans des sphères de sens uniforme et l’on cherche à ne plus voir ce qui diffère de nous, ou à réagir de manière violente et dénigrante lorsqu’on est confronté à des visions différentes de la sienne (comme les innombrables commentaires virulents des réseaux sociaux le montrent bien).

    Mais aussi qu’aucun argument provenant d’autrui ne peut nous sembler utile. La critique envers les Eglises, lorsqu’elles expriment des points de vue ou participent au débat politique est souvent virulente, elles tenteraient de nous faire voter d’une certaine façon et ainsi de brimer la liberté des croyants. Ce débat a aussi lieu en Suisse, presque à chaque fois que les Eglises ou les croyants expriment publiquement un ou des points de vues.

    A l’heure des influenceurs, du marketing viral, des réseaux sociaux et intelligences artificielles, où les influences sont bien souvent opaques et où le temps d’attention se monnaie chèrement, la voix des Eglises dérange, elle n’est souvent pas agréable à entendre, car elle ne se base pas uniquement sur la satisfaction des intérêts individuels, ne poursuit pas d’objectif financier, ne recherche pas nécessairement à accumuler les followers ou les clics. Elle se contente rarement du divertissement ou du statu quo, ne flatte pas l’ego consommateur ou partisan.

    Qui n’a pas entendu, à la sortie de la messe ou du culte ce « Je ne veux pas que l’on me dise ce que je dois voter, personne ne doit décider de mes choix politiques ! ». On peut répondre qu’être informé des multiples points de vues, arguments et positions possibles, fait justement partie de cette liberté. Que la liberté de se former une opinion, et donc d’exercer sa citoyenneté se base sur l’accès à une information plurielle et diversifiée. La Déclaration des droits de l’homme rappelle cette nécessité de l’accès à l’information, remise en cause dans tous les régimes totalitaires. De nombreux peuples dans le monde se battent pour avoir accès une information plurielle et diversifiée, pour avoir la possibilité de s’exprimer. Censurer la voix des Eglises et des croyants serait priver le débat public d’une vision importante, car souvent à contre-courant des discours dominants, et donc particulièrement précieuse. Or la voix des Evangiles que portent  les Eglises et les chrétiens rappelle justement l’attention que l’on doit avoir envers les plus faibles et les plus démunis dans nos sociétés. Faire taire ces voix, c’est aussi d’une certaine manière rendre encore plus invisibles ceux que notre société marginalise déjà.

    S’ouvrir aux idées des autres, découvrir leurs réalités, change nos points de vue. Et c’est peut-être là ce qui fait peur : être confrontés à d’autres situations, informations, contextes, tout cela risque d’ébranler nos certitudes. La culpabilité n’est pas loin..Nous mettant ainsi dans une inconfortable situation de doute.

    Or le doute et le questionnement sont inhérents à une pensée éthique. Face aux certitudes des discours fanatiques, il est au cœur des raisonnements éthiques, de s’interroger, sur nos intentions réelles, sur ce que l’on tient pour vrai, sur la justesse de nos principes, de leur application à telle ou telle situation, sur les conséquences réelles de nos choix.. sur ce qui importe réellement pour nous dans ces derniers.. Le doute, la nuance, l’interrogation, tout ce que les langages totalitaires et ceux des actuels fake news tentent d’éradiquer, comme le linguiste Viktor Klemperer l’avait finement décrit dans son analyse de la langue du IIIème Reich (du début des années 1930 à la fin de la seconde guerre mondiale Klemperer a noté quotidiennement les transformations de la langue allemande imposée par le discours totalitaire : disparition des nuances, des conditionnels, des formes hypothétiques et interrogatives au profit d’une langue simplifiée, incantatoire et le plus souvent violente).

    Quel serait le rôle des Eglises et des croyants, si muselés, ils ne s’intéressaient plus aux questions actuelles, ne cherchaient plus à réfléchir aussi, parmi d’autres et avec d’autres, aux choix qui impactent nos sociétés ? Se détourneraient de tout ce qui fait le monde d’aujourd’hui, ne témoigneraient plus de ce qu’ils voient et vivent au quotidien, ne rappelleraient à aucun moment les apports du message évangélique ? Joueraient-ils encore leur rôle ? La religion ainsi vue ne risquerait-elle pas de devenir cet opium anesthésiant nos coeurs ?

    F.Q. 12.02.26

  • Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Un article de Thomas Wallimann-Sasaki, Président de Justice et Paix Suisse. Justice et Paix est la commission d’éthique sociale de la Conférence des évêques suisses qui s’engage pour la justice et la paix en Suisse et dans le monde.

    Même si la guerre et le commerce des armes font partie de ce monde, la Suisse se doit d’insister à « davantage de matériel de guerre » ne conduit pas à une vie meilleure. Nous savons que ni les régimes totalitaires, ni le fanatisme religieux, ni la guerre ne peuvent créer une vie bonne pour tous et toutes. Les livraisons de matériel de guerre à des pays en prise à des conflits internes exacerbent ces conflits.

    Le christianisme, et en particulier l’Église catholique, ont une histoire mouvementée en matière d’armes et de guerre. Aujourd’hui, nous sommes plus convaincus que jamais que le développement holistique de l’être humain doit être au cœur de toute politique. Cela vaut également pour la politique d’exportation de matériel de guerre et de sécurité.

    C’est pourquoi le critère principal pour évaluer l’éthique des exportations de matériel de guerre ne peut pas être l’intérêt économique, ni la préservation des emplois dans les pays producteurs de ce matériel. C’est au contraire, le bien-être de tous les êtres humains qui s’avère le critère éthique central. Car seule une infime minorité profite des bénéfices financiers générés par l’augmentation des exportations de matériel de guerre, tandis qu’un grand nombre de personnes en souffrent de manière excessive. Ceci s’oppose directement à notre conception chrétienne du bien commun.

    La paix et les améliorations sociales sont liées à la justice. Celle-ci joue un rôle important dans la répartition des ressources, tant au sein des pays que sur le plan international. Lorsque les pays pauvres et ceux en proie à des conflits internes utilisent leurs ressources financières pour de l’armement, l’éducation et l’approvisionnement alimentaire sont généralement négligés. Les plus pauvres en souffrent tout particulièrement. Une augmentation des exportations de matériel de guerre renforce ces inégalités et va à l’encontre de l’amour du prochain. La loi du plus fort n’est une base ni pour la paix ni pour la justice.

    Un mot sur l’argument selon lequel la part de la Suisse sur le marché mondial reste faible et que, si la Suisse renonçait à ces exportations, ce seraient simplement « d’autres » qui fourniraient ce matériel. Cet argument ne tient pas sur le plan éthique. En effet, un comportement contraire à l’éthique ne devient pas « plus juste » ou justifié simplement parce que « d’autres » pourraient faire de même ou pire encore.

    Dès 1481, lors de l’incident de Stans, les Confédérés ont compris qu’on vivait mieux ensemble quand on renonçait à se battre pour s’écouter et échanger !

    Thomas Wallimann-Sasaki, Dr en théologie Président de Justice et Paix Suisse, Rohrmatte 6, CH-6372 Ennetmoos

    sozialethik@bluewin.ch

    Signer le réferendum ici:

  • Participation de Vox ethica à la session de jeunes 2025

    Participation de Vox ethica à la session de jeunes 2025

    Vox Ethica a été invitée par la Session des jeunes 2025 qui a eu lieu début Novembre à Berne pour partager son expertise sur la question du suicide assisté. Aux côtés de représentants de l’Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM), de palliative.ch et de Dignitas, Vox Ethica a répondu aux interrogations des membres de la Session des jeunes 2025. L’intérêt manifesté par les participant.e.s, âgées de 14 à 21 ans, montre que le suicide assisté est un sujet qui préoccupe également les jeunes générations.
    Dans son intervention, Florian Lüthi de Vox Ethica, a notamment soulevé les questions sociétales liées à la pratique actuelle du suicide assisté en Suisse. La mise en avant d’arguments exclusivement individualistes tend à occulter les enjeux collectifs du phénomène et notre responsabilité vis-à-vis des personnes fragiles ou en fin de vie. En effet, nous ne sommes pas seulement des individus, mais des personnes pour qui le lien social est fondamental. Pour cette raison, les actions visant à établir ou intensifier des liens sociaux sont primordiales. Ces implications sont d’autant plus importantes que des phénomènes sociaux (par exemple l’individualisation, la solitude dans la vieillesse, le coût de la santé, etc.) influencent notre attitude face à la vie. Pour ces raisons, il est important d’œuvrer pour l’intégration et l’inclusion de toute personne, particulièrement les plus démunies et les plus pauvres.
    À la suite de la consultation, le groupe de jeunes travaillant sur ce sujet a élaboré une proposition visant à lancer une campagne d’information et de sensibilisation sur les bases légales, les questions éthiques et les répercussions émotionnelles de l’assistance au suicide. Cette proposition a été acceptée par 138 voix contre 12 lors de la Session fédérale des jeunes, le 9. Novembre 2025 au palais fédéral. Le Parlement doit maintenant examiner la pétition dans les mois à venir. Vox Ethica salue l’engagement et l’intérêt manifestés par les jeunes sur ce sujet.