Catégorie : Français

  • Un nouvel épisode du Podcast « Echos de l’asile en Suisse »

    Un nouvel épisode du Podcast « Echos de l’asile en Suisse »

    Cet épisode propose le témoignage d’une jeune femme qui est passée par les Centres fédéraux pour requérants d’asile (CFA) de Boudry et de Vallorbe. Elle raconte son arrivée avec son compagnon.

    Enceinte de plusieurs mois, elle décrit son parcours difficile entre l’hôpital et les CFA : les conditions d’accueil précaires d’une jeune maman avec un nouveau-né. Elle présente aussi ses perspectives et projets d’avenir en Suisse. Entretien réalisé le 3.10.26 par F. Quinche de Vox ethica.

    En complément des entretiens de personnes qui travaillent dans le domaine de l’asile, que ce soit dans l’administration des centres ou du côté des aidants ou des personnes travaillant pour les Églises, il nous a semblé important de donner également la parole aux requérant.e.s d’asile, afin de montrer leur vécu et leurs perspectives.

    En effet, rares sont les lieux où ils peuvent s’exprimer publiquement sur leurs conditions d’accueil. Même si ils obtiennent le statut de réfugié, cette expression s’avère difficile, notamment par crainte des possibles conséquences. C’est pourquoi la majorité de ces témoignages seront anonymisés.

    D’un point de vue éthique donner la parole aux personnes directement concernées par un système, surtout lorsqu’elles sont particulièrement vulnérables, nous semble absolument nécessaire.

    Par ailleurs les situations difficiles décrites sont un moyen de penser des amélioration concrètes ou modifications qui pourraient être apportées au système d’accueil actuel.

  • Du Cantique de frère Soleil à Laudato si’

    Du Cantique de frère Soleil à Laudato si’

    François d’Assise, le Cantique de frère Soleil et l’encyclique Laudato si’ – 800 ans de réception

    Le soir du 3 octobre 1226, François d’Assise mourut à la Portioncule, au pied de la ville. Huit cents ans plus tard, il est l’une des rares figures du Moyen Âge dont se réclament à la fois l’Église, la culture et le mouvement écologiste. Un texte porte cette influence comme aucun autre : le Cantique des créature Qui nous conduit, comme un fil rouge, pas toujours linéaire, jusqu’à l’encyclique Laudato si’, par laquelle le pape François a placé en 2015 son saint patron sous l’éclairage de la doctrine sociale de l’Église.

    Cet article retrace ce cheminement. Il se demande ce qui a grandi en chemin, et ce qui s’est atténué.

    Le Cantique des créature: une louange dans l’obscurité

    La genèse du Canticum fratris solis ne peut pas être datée avec précision. François a vraisemblablement composé le texte en plusieurs étapes, au cours de ses dernières années de vie. La strophe sur la mort n’aurait été ajoutée que peu avant sa propre mort, en 1226 (cf. Volker Leppin, Franz von Assisi, p. 180–181). Le Cantique passe pour l’un des plus anciens textes poétiques en langue italienne. Il nous est parvenu dans un manuscrit du milieu du XIIIe siècle (Assise, codex 338).

    Sa structure est clairement articulée :

    1. Louange à Dieu. Au Très-Haut seul reviennent la louange, la gloire et l’honneur : « aucun homme n’est digne de te nommer ».
    2. Les frères et sœurs de la création. Frère Soleil, sœur Lune et les étoiles, frère Vent, sœur Eau, frère Feu et « notre sœur, mère Terre, qui nous soutient et nous gouverne ».
    3. Réconciliation. Louange pour ceux qui pardonnent par amour et supportent maladie et épreuves.
    4. Sœur Mort. François va jusqu’à nommer la mort « sœur » et à louer Dieu par elle. Ce que Paul appelle « le dernier ennemi » (1 Co 15,26) est ici accueilli dans la fraternité de la création.

    Le vers central se lit ainsi dans l’original ombrien :

    Laudato si’, mi’ Signore, per sora nostra matre terra, la quale ne sustenta et governa, et produce diversi fructi con coloriti flori et herba.

    Deux observations sont décisives pour la réception du texte. D’abord le petit mot per : il peut signifier « par », « pour » ou « à cause de ». Est-ce la création qui loue Dieu, Dieu qui est loué pour elle, ou les deux ? Cette ouverture n’est pas un défaut, mais un programme. Ensuite le langage de la fraternité : les créatures ne sont pas subordonnées à l’être humain, mais à ses côtés. L’être humain lui-même n’apparaît que tard. Il ne figure pas en maître, mais comme celui qui pardonne, souffre et meurt.

    Et le texte regarde au-delà de la mort : malheur à ceux qui meurent en péché mortel, heureux ceux que « la seconde mort » ne pourra atteindre. Le jugement, évident pour François et pour son époque, fait partie du Cantique, même si la réception l’occulte le plus souvent.

    Par sa langue, le Cantique s’inscrit dans une tradition biblique. Il rappelle le cantique des trois jeunes gens dans la fournaise (Dn 3,57–88) et le Psaume 148. Ces deux textes appellent soleil et lune, étoiles, vent, eau, feu et terre à louer Dieu. François les connaissait par la liturgie des Heures. Sa nouveauté est double : il s’adresse aux créatures comme à des frères et sœurs, et il loue Dieu per elles : non seulement par elles, mais aussi pour elles.

    Le Cantique n’est donc pas un manifeste écologique. C’est une prière qui ordonne le monde à partir de Dieu. C’est précisément là que réside sa force subversive.

    Huit siècles de réception

    Du saint à la légende

    Deux ans seulement après sa mort, François fut canonisé (1228). Thomas de Celano rédigea, à la demande du pape, la première biographie, la Vita prima (1228/29). La plus ancienne image, le retable de Bonaventura Berlinghieri à Pescia (1235), montre un homme sévère et ascétique. La Legenda maior de Bonaventure (1263) devint ensuite la biographie officielle de l’ordre.

    Avec le temps, au François historique s’ajouta le François raconté. Les Fioretti du XIVe siècle, avec le sermon aux oiseaux et le loup de Gubbio, façonnent son image jusqu’à aujourd’hui. Ils ont toutefois été rédigés une centaine d’années après sa mort et doivent être lus comme une source tardive. Dante lui a élevé un monument dans le Paradis (chant XI) : d’Assise, « un soleil est né au monde ».

    L’histoire de l’ordre montre en même temps combien cet héritage était difficile à institutionnaliser. Au cœur de la querelle de la pauvreté, le pape Jean XXII condamna en 1323, par la bulle Cum inter nonnullos, la doctrine de la pauvreté absolue du Christ et des apôtres. La pauvreté radicale dont François s’était réclamée était désormais tenue pour hérétique. La tension entre charisme et institution accompagne la réception jusqu’à aujourd’hui.

    Modèle : du fondateur d’ordre au patron de l’écologie

    Au XXe siècle, le regard se déplaça. En 1967, l’historien Lynn White rendit, dans la revue Science, la conception judéo-chrétienne de la domination de la nature coresponsable de la crise écologique. Comme contre-figure, il proposa précisément François, en patron des écologistes. Le pape Jean-Paul II reprit l’idée en 1979 et, par la bulle Inter sanctos, proclama François patron de l’écologie. En 1986, il invita les religions du monde à prier pour la paix à Assise.

    En 2013 enfin, le cardinal Bergoglio fut le premier pape à choisir le nom de François. Il justifia ce choix en trois mots : l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et protège la création. Deux ans plus tard, son encyclique sociale et écologique portait dans son titre les premiers mots du Cantique.

    Cette ligne est impressionnante, mais elle appelle la prudence. François n’était pas un défenseur de l’environnement au sens actuel. En faire un, c’est appliquer une catégorie moderne à un homme du Moyen Âge et le réduire à cela, ce serait perdre ce qui le caractérise : le lien entre louange de Dieu, pauvreté choisie et proximité avec les exclus.

    Laudato si’ et l’écologie intégrale

    Avec Laudato si’ – sur la sauvegarde de la maison commune (2015), le pape François a fait entrer le Cantique de frère Soleil dans la doctrine sociale de l’Église. L’encyclique s’ouvre sur le vers consacré à « notre sœur, mère Terre ». Elle poursuit aussitôt : cette sœur crie en raison des dommages que nous lui causons (LS 2). Ce qui était louange chez François devient ici plainte.

    Le pape place expressément son saint patron au commencement :

    « Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. » (LS 10)

    C’est précisément ce que désigne la notion d’écologie intégrale, à laquelle est consacré le quatrième chapitre. Environnement, économie, culture et vie quotidienne ne peuvent être considérés séparément. La phrase clé est la suivante : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (LS 139). La clameur de la terre et la clameur des pauvres doivent donc être entendues ensemble (cf. LS 49).

    Là réside l’apport véritable de la ligne franciscaine – et en même temps sa correction. L’encyclique ne fait pas de François un utopiste amoureuxde la nature. Elle retient de lui une attitude : l’émerveillement plutôt que la mainmise, la fraternité plutôt que la domination, la proximité avec les exclus plutôt que le repli sur la sphère privée. Qui aborde le monde sans cette attitude, avertit le pape, se comporte bientôt en simple consommateur ou exploiteur de ses ressources (cf. LS 11). François apparaît ainsi moins comme un programme que comme un modèle, auprès duquel on peut s’exercer à un autre mode de vie.

    Que reste-t-il après 800 ans ?

    L’histoire de la réception du Cantique est une histoire d’appropriation. Chaque époque a trouvé en François ce qu’elle cherchait : le saint de la pauvreté, le poète, l’artisan de paix, le patron de l’écologie. L’Encyclique Laudato si’ rassemble ces perspectives en rappelant ce qui manque souvent à l’image populaire : le lien entre création et justice.

    Il en découle pour l’éthique une distinction. François a choisi la pauvreté. La plupart des personnes qui subissent aujourd’hui les conséquences de la crise climatique ne l’ont pas choisie. Un regard franciscain sur l’écologie ne peut donc se contenter de prôner le renoncement personnel. Il interroge les structures qui imposent la pauvreté à d’autres.

    Le Cantique s’ouvre sur l’affirmation qu’aucun homme n’est digne de nommer Dieu. Peut-être est-ce là son message le plus actuel et qu’est-ce qui changerait si nous venions à la rencontre de la terre et des pauvres non en maîtres, mais en frères et sœurs ?

    Sources

    • François d’Assise, Canticum fratris solis (vers 1225), Assise, codex 338
    • Thomas de Celano, Vita prima (1228/29) ; Compilatio Assisiensis (XIIIe s.) ; Fioretti (XIVe s., source tardive)
    • Volker Leppin, Franz von Assisi. Ein unbequemer Heiliger (2026).
    • Pape François, encyclique Laudato si’ (2015), n° 1–2, 10–11, 49, 139
    • Lynn White Jr., « The Historical Roots of Our Ecologic Crisis », Science 155 (1967)
    • Jean-Paul II, bulle Inter sanctos (1979)

    FL 02.10.2026

  • La pauvreté, un enjeu de société – entre charité et structure

    La pauvreté, un enjeu de société – entre charité et structure

    On cite souvent saint François d’Assise comme inspiration d’un engagement personnel et direct envers les pauvres. À juste titre, comme le montrent sa règle et son testament : il partageait la vie des plus démunis, offrait ses vêtements aux mendiants, soignait les lépreux. Mais ce qu’il n’a pas fait est tout aussi révélateur : il n’a fondé aucune institution sociale. Sa contribution était essentiellement relationnelle et non structurelle. C’est précisément cette observation – récemment  mise en évidence par le pape Léon XIV dans l’exhortation apostolique Dilexi te (cf. Léon XIV, Dilexi te, n° 64) –  une limite à partir de toute éthique ecclésiale et sociale de lutte contre la pauvreté : la proximité personnelle ne suffit pas à elle seule à répondre à la pauvreté lorsque ses causes sont  structurelles.

    Deux niveaux, une mission

    Depuis Rerum novarum (cf. Léon XIII, Rerum novarum, 1891), la doctrine sociale catholique distingue systématiquement la réponse caritative de la réponse structurelle à la pauvreté, sans pourtant les opposer. Gaudium et spes ancre théologiquement cette distinction dans la doctrine de la destination universelle des biens de la terre : la propriété a une fonction sociale essentielle :

    « Quant à celui qui se trouve dans l’extrême nécessité, il a le droit de se procurer l’indispensable à partir des richesses d’autrui ».

    (cf. Concile Vatican II, Gaudium et spes, n° 69). La lutte contre la pauvreté n’est donc pas seulement une expression de générosité individuelle, mais une question de justice.

    Dilexi te rend cette tension à nouveau tangible pour notre époque en affirmant que les mesures d’aide d’urgence ne doivent jamais être simplement provisoires et que la véritable tâche réside dans l’élimination des causes structurelles (cf. Léon XIV, Dilexi te, n° 94) – inégalités, manque d’accès au travail, à la terre et au logement, privation des droits sociaux (cf. ibid., n° 81). À cela s’ajoute l’idée, déjà formulée par l’Église d’Amérique latine (Aparecida) et reprise par Dilexi te : que les pauvres doivent être traités comme des sujets, et non comme des objets de charité (cf. ibid., n° 100). C’est là le cœur éthique de ce que l’on appelle communément le « soutien à l’autonomie » : il ne s’agit pas en premier lieu d’une question d’efficacité des mesures, mais de la dignité de ceux à qui l’on vient en aide.

    Le bien commun, au delà des frontières

    Pour la pratique sociale et politique, cela signifie ne pas opposer pauvretés proches et lointaines : ceux qui, dans notre pays peinent à joindre les deux bouts à la fin du mois à ceux qui, dans un pays structurellement défavorisé, n’ont pas accès aux services de base. Ces situations relèvent pour l’éthique sociale chrétienne, de deux manifestations d’une même responsabilité (cf. Léon XIV, Dilexi te, n° 12–13). Le bien commun, tel que le conçoit la tradition catholique, ne s’arrête pas aux frontières nationales – un principe que Paul VI avait déjà formulé : « Nul n’est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent du nécessaire. » (cf. Paul VI, Populorum Progressio, n° 23 ; cité également dans Léon XIV, Dilexi te, n° 86).

    Cette réflexion n’a rien d’abstrait. Elle touche par exemple directement au débat actuel sur les coupes budgétaires dans la coopération suisse au développement. Lorsque les décisions d’économies sont principalement justifiées par des raisons financières ou de politique de sécurité, le débat occulte généralement le fait que, d’un point de vue éthique, il ne s’agit pas d’une générosité dont on peut se passer, mais d’une question de justice structurelle et de responsabilité. La cessation des aides et de la coopération internationale n’est pas seulement une question budgétaire, mais aussi une question de relation.

    Conclusion

    La tension entre l’attention aux personnes et la responsabilité structurelle ne peut être résolue une fois pour toute ; elle doit être acceptée et gérée. Une éthique orientée vers le bien commun a besoin des deux : la proximité qui reconnaît les pauvres comme des frères et sœurs, et l’engagement politique pour s’attaquer réellement aux causes de la pauvreté, tant au niveau local que mondial. Lorsque l’une est censée remplacer l’autre, tous deux deviennent moins crédibles.

    FL. Traduction FQ

  • François d’Assise et la question de l’imitation du Christ

    François d’Assise et la question de l’imitation du Christ

    Une rupture qui résonne encore aujourd’hui

    François d’Assise, né vers 1181, fils d’un riche marchand de tissus, rompt radicalement, vers 1206, avec la fortune et le statut social de son père. Il ne s’agit pas d’un retrait du monde, mais d’une nouvelle manière, plus directe, de vivre dans le monde. Vivre dans la pauvreté, à la suite du Christ, au service des lépreux et des pauvres. En 1209, sa petite communauté reçoit l’approbation du pape Innocent III, puis, en 1223, une l’ordre se donne une règle religieuse contraignante. François meurt en 1226, marqué par la maladie et les stigmates.

    Il en résulte l’un des mouvements spirituels les plus fructueux de l’histoire de l’Église. Dans une tension permanente entre l’élan originel, radical de François d’Assise et la nécessité d’apporter une réponse personnelle à cet élan. Que signifie rester fidèle à l’élan fondateur au fil des siècles – et que peut-il signifier aujourd’hui pour ceux et celles qui s’en inspirent ?

    Les multiples voies de l’imitation

    Déjà à l’époque de François et de Claire d’Assise, il apparaît clairement que l’imitation ne peut se réduire à une seule forme : Frères et sœurs, clarisses menant une vie contemplative, tout comme d’autres congrégations œuvrant dans le monde, sans oublier les laïcs qui s’efforcent de vivre une attitude franciscaine. 

    En Suisse aussi, cette diversité s’est manifestée au fil des siècles, depuis les fondations monastiques médiévales jusqu’au mouvement de réforme des capucins, en passant par les grandes congrégations féminines du XIXe siècle. Enseignantes et infirmières, elles exercent leur action bien au-delà du cadre monastique. La vie franciscaine ne se limite ainsi ni à un habit ni à un monastère.

    Aujourd’hui encore, cette diversité questionne les façons de se renouveler dans un contexte en mutation – par exemple là où des communautés se réorganisent ou préservent ensemble leur héritage, au-delà des différents mouvements inspirés par François d’Assise. 

    Ce n’est pas un détail, mais cela touche au cœur même de la question : l’imitation n’a jamais été un état figé, mais un processus de traduction continu.

    Ce qui unit cette diversité, c’est moins une règle commune qu’une orientation partagée. Celui qui suit François n’imite pas simplement des prescriptions individuelles, mais une attitude – pauvreté, service, joie – qui peut être mise en pratique dans des modes de vie très différents. La question n’est donc pas tant de savoir quelle règle s’applique dans un cas particulier, mais plutôt : quel genre de personne est-ce que je veux devenir en m’inspirant de ce modèle ? C’est peut-être là que réside le véritable sens de la diversité franciscaine : non pas une norme unique pour tous, mais un modèle à partir duquel chacun peut élaborer ses propres réponses, différentes mais apparentées.

    Que demande la suite du Christ ?

    Cette question ne trouve pas de réponse facile. Elle ne devient sérieuse que lorsqu’on se l’avoue : une attitude qui ne coûte rien n’est pas encore une imitation, mais seulement une idée de ce qu’elle pourrait être. François d’Assise ne l’a pas affirmé, il l’a vécu. Sa rupture avec la fortune paternelle n’était pas un symbole, mais le prix qu’exigeait sa réponse à cet appel.

    Le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer a formulé cette différence des siècles plus tard : entre une grâce qui promet tout sans rien exiger, et une grâce qui engage la personne tout entière. La foi chrétienne se tient précisément dans cette tension : d’une part, la grâce inconditionnelle de Dieu nous est accordée ; d’autre part, suivre le Christ constitue une exigence qui touche notre manière de vivre. Cette exigence est alors aussi éthique : dans notre rapport à nous-mêmes, à autrui et  au monde qui nous entoure. Elle rayonne dans nos décisions quotidiennes, politiques et autres. La grâce reçue et l’exigence se nourrissent mutuellement et se conditionnent l’une l’autre.

    C’est peut-être là, précisément, la question qui traverse les siècles depuis François jusqu’à aujourd’hui, par-delà les habits et les murs des monastères : comment sommes-nous prêts à vivre l’exigence qui découle du don que nous avons reçu ?

    Un dossier consacré à François d’Assise est disponible sur glaubenspiazza.ch.

    FL

  • Initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse(Initiative sur la neutralité) », votations du 27.09.26

    Initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse(Initiative sur la neutralité) », votations du 27.09.26

    Une initiative pour la paix ?

    Que propose réellement cette initiative ? Quels pourraient être les impacts de cette vision plus restrictive de la neutralité ? Vise-t-elle à promouvoir la paix, comme l’annoncent les affiches arborant une colombe au rameau d’olivier ? Et si oui, de quel type de paix s’agirait-il ? Car il y a en effet plusieurs façons de comprendre la paix, qui n’ont pas toutes le même sens du point de vue de l’éthique. 

    Vox ethica s’interroge sur les implications éthiques de ces modifications de la Constitution dans différents domaines : droits de l’homme, politique des bons offices ou encore en ce qui concerne la voix de la Suisse sur le plan international. Et c’est une occasion particulièrement intéressante de s’interroger sur le sens de la neutralité pour un pays comme la Suisse.  Est-elle une valeur en soi ? Où y a-t-il d’autres valeurs à privilégier ? Une occasion de repenser quelles sont les valeurs fondamentales que l’on souhaite pour notre pays.

    Prise de position de Vox ethica :

  • Solution à deux États : un engagement de longue date du Saint Siège pour la paix

    Solution à deux États : un engagement de longue date du Saint Siège pour la paix

    Dimanche 16 août 2026, lors de l’angélus à Castel Gandolfo, le pape Léon XIV a instamment appelé la communauté internationale à s’engager pour une solution à deux États dans le conflit du Proche-Orient, seule voie selon lui vers une paix juste et durable. Il avait auparavant condamné les exactions et les violences commises contre les Palestiniens par des colons israéliens en Cisjordanie, et a demandé une accélération de la mise en œuvre de ce projet formulé dès 1947.

    Dès 1948, Pie XII appelait déjà à un ordre garantissant la sécurité en Terre sainte. En 1967, Paul VI évoquait pour la première fois les droits légitimes du peuple palestinien.

    À partir des années 1980, la solution à deux Etats est devenue la pierre angulaire de la politique vaticane au Proche-Orient. Puis, en 1984, dans « Redemptionis anno », Jean-Paul II articulait le besoin de sécurité d’Israël au droit à une patrie du peuple palestinien. Benoît XVI a réaffirmé cette même ligne à Bethléem en 2009. Sous François, elle a été consolidée diplomatiquement en 2015, avec la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par le Saint-Siège.

    Léon XIV s’inscrit dans cet héritage : dès janvier 2026, devant le Corps diplomatique, il avait déjà désigné la solution à deux États comme la seule perspective institutionnelle répondant aux aspirations légitimes des deux peuples. Pour le Saint-Siège, malgré le blocage politique et la tragédie humanitaire persistante, la solution à deux Etats demeure ainsi l’unique chemin vers une paix juste entre Israël et la Palestine.

    Un éclairage historique complet est disponible sur Vatican News : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-08/pape-saint-siege-israel-palestine-deux-etats.html

    FL

  • Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    Multinationales responsables : pourquoi Vox Ethica prend position sur le contre-projet

    L’Église catholique s’engage depuis des décennies pour le respect des droits humains. Depuis l’encyclique Laudato si’ , la protection de l’environnement et la lutte contre les conséquences du changement climatique comptent également parmi ses préoccupations majeures. Un monde où chaque être humain peut réaliser son potentiel est une tâche qui concerne l’ensemble de la société: qui incombe à tous les acteurs sociaux, et non au seul État.

    Cette conviction n’est pas simplement une position ecclésiale, que l’on pourrait tout aussi bien fonder autrement. Elle plonge ses racines dans la vision biblique de l’être humain et du monde.

    L’être humain comme « image de Dieu ». Au commencement de la Bible se trouve l’affirmation que l’être humain est créé à l’image de Dieu – chaque être humain, sans exception (Gn 1,26–27). C’est de cette ressemblance divine que la tradition chrétienne tire la dignité inaliénable de toute personne, une dignité qui ne peut être subordonnée à aucune opportunité économique ou politique. Là où les chaînes d’approvisionnement plongent des personnes dans la pauvreté, l’exploitation ou le déplacement forcé, c’est cette ressemblance divine elle-même qui est atteinte.

    La création comme bien confié. Le même récit de la création confie à l’être humain la tâche de « cultiver et de garder » le jardin (Gn 2,15). Il s’agit d’un mandat de soin, non d’exploitation sans égard. Le pape François a repris cette idée dans Laudato si’, rappelant que la terre ne nous appartient pas, mais nous est confiée. Dans cette perspective, la destruction de l’environnement n’est pas un dommage collatéral de l’activité économique, mais une violation d’un mandat originel.

    La tradition prophétique. Toute la Bible est traversée par une voix dérangeante : celle des prophètes, qui condamnent sévèrement l’exploitation économique. Amos, par exemple, dénonce ceux qui « vendent le pauvre pour une paire de sandales » (Am 2,6). Pour la tradition prophétique, le profit économique réalisé au détriment des plus faibles n’est pas un simple écart de conduite, mais une trahison de l’alliance avec Dieu. Cette voix nous interpelle encore aujourd’hui : une liberté économique qui ignore les plus vulnérables tout au long des chaînes d’approvisionnement mondiales s’inscrit dans une longue série de pratiques condamnées par la Bible.

    Dieu aux côtés des plus vulnérables. Enfin, la venue même de Dieu dans le monde – l’incarnation – manifeste une attention durable envers les petits et les vulnérables. Cette logique de solidarité « par le bas » constitue la raison théologique la plus profonde pour laquelle l’engagement ecclésial ne se satisfait pas de déclarations d’intention bien formulées, mais insiste sur des mécanismes de protection efficaces et opposables en justice pour les personnes réellement concernées.

    C’est sur ce fondement biblique et théologique que la doctrine sociale de l’Église a développé ses principes, traduisant ces intuitions en principes. Le principe du bien commun, par exemple, ne s’applique pas seulement à l’action de l’État, mais engage tout autant les acteurs économiques privés : la liberté d’entreprendre n’est pas une fin en soi, mais doit s’orienter – précisément en vertu de cette ressemblance divine partagée par tous les êtres humains – vers la contribution au bien de tous.

    Qu’en découle-t-il concrètement ? De l’articulation de deux autres principes fondamentaux (la subsidiarité et la solidarité ) découle l’exigence d’obligations de diligence contraignantes, et non simplement volontaires, pour les entreprises. La subsidiarité ne signifie en effet pas que l’État doive se tenir le plus possible à l’écart, mais l’oblige au contraire à intervenir dès lors que l’échelon inférieur – ici : l’engagement volontaire des entreprises – ne remplit manifestement pas sa mission de protection. La dimension mondiale de la solidarité, que l’Église souligne depuis Populorum Progressio, exige qu’à une activité économique internationale corresponde également une responsabilité juridique internationale. Une responsabilité qui découle en définitive de la conviction que tous les êtres humains, où qu’ils vivent, partagent la même dignité.

    C’est à partir de ces réflexions que Vox Ethica a décidé de s’engager, par cette prise de position, dans la consultation relative au contre-projet indirect à l’initiative populaire « Pour des multinationales responsables – afin de protéger l’être humain et l’environnement ».

    Vox Ethica salue par principe toutes les démarches qui favorisent une meilleure protection de l’être humain et de l’environnement face aux conséquences de l’activité humaine. Dans sa prise de position, Vox Ethica montre toutefois aussi les points sur lesquels le projet actuel devrait, à son avis, encore être amélioré.

    FL. 24.07.2026

  • Journée sur l’écologie intégrale à Fribourg

    Journée sur l’écologie intégrale à Fribourg

    Cette première journée nationale a été organisée par Vox Ethica (Florian Lüthi et Florence Quinche) le 23 juin 2026 à Fribourg. Elle a rassemblé différent·e·s acteur·e·s de l’Eglise catholique et d’organisations œcuméniques autour des projets menés sur l’Ecologie intégrale. Les objectifs de la journée visaient à identifier les acteurs des différentes régions de l’Eglise catholique suisse intéressé.e.s par l’écologie intégrale tout en leur permettant de se rencontrer et d’échanger sur leurs projets et besoins respectifs.

    Josef Stübi, évêque auxiliaire de Bâle a ouvert la journée avec un témoignage tiré de son enfance où le lien du monde paysan à la nature était encore fortement teinté de religiosité et de respect. Il nous a rappelé que penser la nature comme une Création, c’est-à-dire la percevoir comme un don sacré, transforme radicalement notre rapport à la nature et nous en impose un profond respect.

    L’introduction de la journée a été faite par une scientifique spécialiste du changement transformatif et de la préservation de la biodiversité Dorothea Hug Peter (https://biodiversitaet.scnat.ch/). Elle a explicité les éléments clés de la notion de changement transformatif et également proposé d’expérimenter la réflexion sur la création de projets d’écologie intégrale en Eglise, à partir d’exemples de cas pratiques. Les participant.e.s ont donc réfléchi avec un jeu de cartes créé à cet effet, sur comment intégrer les dimensions écologiques (préservations de la nature, mais aussi la prise en compte des valeurs sociales) dans des projets locaux.

    L’importance des aspects spirituels de notre lien à la Création a été mise en évidence par le théologien Michel Maxime Egger (https://trilogies.org/) , qui a proposé une réflexion à partir de Laudato si’ et de la théologie orthodoxe. Il a notamment rappelé que la protection de la Création n’est pas un aspect secondaire de la foi chrétienne, mais un élément central qui ne peut être marginalisé. Il a expliqué ainsi l’importance d’une conversion intérieure de chacun, afin que le changement soit porté par un réel amour de la Création et pas simplement par un sentiment de devoir ou un conformisme extérieur. Son appel à la prise de conscience des causes humaines de la crise écologique résonne avec celui de notre pouvoir de changer les choses. Nos paradigmes de pensée sont ainsi à renouveler, pour qu’un changement profond de la société puisse avoir lieu. En référence au Patriarche Bartholomée 1er, il évoque une métanoïa individuelle et collective.

    Le réseau œcuménique suisse-romand Ecoéglise (https://ecoeglise.ch/ ) a été présenté par Lara Florine Schmid. Cette association rassemble des paroisses et communautés de croyants de toute la Suisse romande. Elle propose notamment des échanges, des outils d’écodiagnostic, du matériel de réflexion et un calendrier partagé et du partage de ressources en ligne (activités, textes pour les célébrations et l’enseignement). Le 3.10.2026 aura lieu à Lausanne la journée annuelle du réseau.

    Roberto de Col a explicité les axes principaux du Conseil épiscopal sur l’Ecologie du Diocèse Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel (https://diocese-lgf.ch/conseil-episcopal-ecologie/ ). Les domaines d’action identifiés sont : les célébrations et l’enseignement, les infrastructures, l’engagement solidaire et éthique, la consommation (dont la mobilité), les finances et la biodiversité. Ces axes couvrent différents types de relations : à Dieu, à soi, aux autres et au vivant.

    Le projet de Conseil cantonal de l’Eglise catholique du canton de Vaud (https://www.cath-vd.ch/justice-ecologique-sociale/) a été détaillé par Lucia Castro Navia. Ce Conseil vise, dans un esprit de synodalité, à favoriser une réflexion commune autour de l’intégration des principes d’écologie intégrale dans les paroisses du canton de Vaud. En 2026, 4 rencontres auront lieu, avec plus de 30 personnes invitées, laïques, religieux et bénévoles. Cet espace de discussion ouvert vise à échanger sur la façon de faire vivre l’écologie concrètement dans l’Eglise. Le mouvement et matériel Détox la terre (https://detoxlaterre.ch/), destiné à favoriser une approche décroissante de la consommation, a également été présenté.

    Les projets et le riche matériel d’Oeku, Eglises pour l’environnement, qui fête cette année son jubilé des 40 ans (https://oeku.ch), ont été détaillés par Olivier Ottet. Les différentes certifications (Coq vert) ont aussi été présentées.

    Corinne Zaugg de l’Union féminine catholique tessinoise a relaté les étapes et le processus de création d’un jardin communautaire Laudato si’ dans le cloître de San Giuseppe du diocèse de Lugano (https://ufct.ch/giardino-laudato-si/) ainsi que les activités génératrices de liens organisées autour du jardin. Ce jardin sera inauguré le 6 septembre 2026.

    Le chargé de durabilité (Nachhaltigkeitsbeauftragter) de l’Église catholique du canton de Zurich, Markus Staudinger, a présenté le modèle zurichois de développement durable ecclésial, structuré en trois temps : comment ancrer la durabilité à grande échelle (stratégie participative en 2021), comment produire des effets concrets (via sept champs d’action : biodiversité, écospiritualité, énergie, déchets, consommation, finances et mobilité, complétés par trois champs transversaux : communication, engagement, coopération et partenariats), et ce qui favorise réellement le changement. Ce dernier point repose sur un principe central : la relation passe avant le conseil technique. Un modèle en deux étapes (visite et prise de contact d’abord, conseil ensuite) vise à entrer en relation avec chaque paroisse d’ici 2027, car la confiance est la condition de l’engagement. Résultat tangible à ce jour : −36,6 % d’émissions CO₂ depuis 2019. https://www.zhkath.ch/engagement/oekologie-und-nachhaltigkeit

    Adrian Craciun du Service formations de l’Eglise catholique dans le canton de Fribourg a présenté les nombreuses activités de la Saison de la création proposées par les paroisses ainsi qu’un projet de Guide liturgique sur le thème de la Création. Les textes et commentaires de ce guide ont pour objectif de faciliter l’intégration de ce thème dans les célébrations.https://www.cath-fr.ch/sengager-dans-la-societe/eglise-et-ecologie/ecologie-chez-nous/temps-pour-la-creation/

    La journée a rassemblé 26 acteurs de toutes les régions et diocèses de Suisse et a permis de riches échanges. Elle s’est conclue sur la mise en commun de souhaits et d’idées pour la suite du réseau. Le principe d’une journée annuelle en présentiel a été maintenu. La journée de 2027 pourrait comprendre la visite de projets de paroisses ou de communautés engagées dans la transformation écologique.

    L’ouverture à davantage d’œcuménisme serait également intéressante pour ce type de réseau. L’idée est aussi de travailler durant la journée sur les projets en cours des participant·e·s. Un accent sur la spiritualité pourrait également être intégré dans ces journées, peut-être en lien avec la célébration nationale de la création.

    Une partie des activités du réseau pourrait également avoir lieu en ligne, notamment par une rencontre Zoom, pour celles et ceux qui n’ont pas pu participer à la première rencontre et pour préparer celle de 2027. Le partage des documents et événements entre les membres du réseau va continuer en ligne au moyen d’un Padlet participatif.

    Les personnes intéressées à rejoindre le réseau sont invitées à nous contacter : Vox Ethica : info@voxethica.ch

  • Journée Ecologie intégrale en Eglise

    Le 23 juin 2026 Vox ethica organise à Fribourg une première journée nationale de rencontre et de partage de projets sur le thème de l’écologie intégrale en Eglise.

    Mot de Bienvenue de Mgr. Josef Stübi

    Conférence :
    Präsentation des transformativen Wandels für die Biodiversität,
    Dr. Dorothea Hug Peter, biologiste, Swiss biodiversity forum,  Académie Suisse sciences naturelles. (avec traduction en français)

    Présentation d’activités en Eglise sur le thème de l’écologie : 1ère partie

    Présentation des axes principaux du Conseil épiscopal sur l’Ecologie du Diocèse LGF et des projets actuels. https://diocese-lgf.ch/conseil-episcopal-ecologie/Roberto de Col, représentant de l’évêque du diocèse Lausanne-Genève-Fribourg pour l’écologie
    «Nachhaltig Kirche leben» – Das Zürcher Modell: Von der strategischen Grundlage zur konkreten Umsetzung. https://www.zhkath.ch/engagement/oekologie-und-nachhaltigkeitMarkus Staudinger, Nachhaltigkeitsbeauftragter der katholischen Kirche im Kanton Zürich
    Constitution d’un Conseil cantonal de l’écologie intégrale afin de recueillir les réalités du terrain, dans un esprit synodal. https://www.cath-vd.ch/justice-ecologique-sociale/Lucia Castro Navia, Chargée de projets justice écologique et sociale de l’Eglise catholique du canton de Vaud.

    Conférence :

    Dimension spirituelle de l’engagement écologique et conversion du regard sur la nature, Michel Maxime Egger, théologien, https://www.trilogies.org/

    Présentation d’activités en Eglise sur le thème de l’écologie : 2ème partie :

    Présentation des projets d’OEKU, Kirchen für die Umwelt https://oeku.chOlivier Ottet, OEKU
    Présentation d’Ecoéglise, Réseau œcuménique suisse romand pour le soin de la création https://ecoeglise.ch/Lara-Florine Schmid, Coordinatrice d’EcoEglise
    Jardin Laudato si’ du Centre pastoral du diocèse de Lugano https://ufct.ch/giardino-laudato-si/Corinne Zaugg, Unione femminile cattolica ticinese
    Projets d’action de Carême https://actiondecareme.ch/actualites/  Helena Jeppesen-Spuhler, Fastenaktion
    La Saison de la Création dans le Canton de Fribourg https://www.cath-fr.ch/sengager-dans-la-societe/eglise-et-ecologie/ecologie-chez-nous/temps-pour-la-creation/  Adrian Craciun, Responsable projets écologie intégrale à la Région diocésaine Fribourg francophone

    Travail collaboratif sur le développement du réseau :
    préparation de la journée 2027, activités communes, partage de ressources.

    Article de cath.ch (18.6.26)

  • « Le service civil renforce-t-il le bien commun ? » Podcast avec Florian Lüthi et Thomas Wallimann

    mercredi 26 mai 2026

    Source : https://www.zivi.admin.ch/fr/medias

    Résumé du Podcast :

    Le podcast débute par une brève présentation de l’historique de l’introduction du service civil en Suisse : c’est suite à l’initiative dite de « Münchensteiner » à la fin des années 70 qu’a commencé à se diffuser en Suisse plus largement l’idée d’un service civil. Le refus de servir dans l’armée était jusqu’alors condamnable et ceux qui refusaient d’accomplir le service militaire étaient punis d’une peine de prison. En 1992 une nouvelle initiative est acceptée et un service civil sera finalement instauré en 1996. Jusqu’en 2009, pour faire le service civil, il fallait passer un entretien et démontrer ses motivations, argumenter face à une commission qui décidait ensuite de l’admission ou non. Il fallait en quelque sorte prouver le bien-fondé de son conflit de conscience. Mais cette procédure était particulièrement inégalitaire en ce qu’elle favorisait ceux qui sont à l’aise dans une argumentation théorique et verbale. Ce système d’examen a été depuis remplacé par une « preuve par l’acte », où les candidats au service civil démontrent le bien-fondé de leur motivation et de leur conflit de conscience en effectuant une fois et demie la durée du service militaire.

    Depuis l’abandon de l’examen devant une commission, le nombre de civilistes a fortement augmenté, passant d’environ 1500 à plus de 7000 par année de nos jours.  Actuellement le service civil commence par une mission de langue durée de 150 jours, dans un domaine soit lié au social, à l’éducation, la culture, la santé ou l’agriculture. Depuis 2019 le Conseil fédéral a tenté de durcir l’admission au service civil, mais sans réel succès.

    Florian Lüthi explique ensuite son expérience de service civil, dans le domaine du social, et comment cette expérience a pu faire sens pour lui, notamment à travers l’accompagnement de personnes avec des difficultés spécifiques.

    A la question si le service civil serait une voie plus facile et moins exigeante que le service militaire, il répond en montrant que les civilistes peuvent aussi se trouver dans des contextes exigeants, notamment sur le plan humain. Par exemple en travaillant avec des personnes à besoins spécifiques, les civilistes peuvent soulager momentanément certaines équipes soumises à de fortes pressions et ainsi jouer un rôle de régulateur dans certains services qui sont souvent en sous-effectifs, ou dans des domaines où le rythme de travail est très soutenu et exigeant physiquement (soins, travail agricole, milieux éducatifs).

    Florian Lüthi s’interroge ensuite sur la notion de bien commun : Les civilistes contribuent-ils à ce bien commun ? En Suisse, l’idée de bien commun, de servir la société, n’est pas détachée d’une certaine idée de la citoyenneté participative et de l’engagement. Le Bien commun est en quelque sort porté par les citoyens eux-mêmes, dans leur engagement, que ce soit dans l’armée ou dans d’autres structures (politiques, associatives). Tout notre système politique est en fait système basé sur l’engagement des citoyens et le service civil fonctionne sur le même principe, à savoir permettre de s’engager à son niveau de capacités, pour la société. En ce sens ceci montre l’attachement des Suisses à cette participation des citoyens à une certaine vision de l’Etat.

    T. Wallimann interroge ensuite F. Lüthi sur la situation actuelle. De nombreuses guerres éclatent, même tout près de la Suisse, est-ce qu’une posture résolument pacifiste n’est pas dangereuse ou naïve de nos jours ? A cette question, le théologien répond que préparer la guerre n’est pas suffisant pour favoriser l’avènement de la paix, et encore moins pour instaurer une culture de paix. Il donne également plusieurs exemples où les activités des civilistes, notamment dans le social et le monde éducatif, contribuent à renforcer le sentiment de sécurité des personnes (en milieu psychiatrique et scolaire), parfois de par leur simple présence, ils peuvent contribuer à la pacification de certains environnements ou à éviter des dérives.

    Le podcast se conclut par une discussion sur les conséquences possibles d’un durcissement de l’accès au service civil, et notamment sur les risques d’une augmentation des cas d’inaptitude au service militaire, ce qui ne résoudrait pas les difficultés de recrutement pour le service militaire, et aurait pour conséquence de priver la société du soutien de nombreux civilistes, voire de faire perdre cette tradition d’aide et de participation que véhicule le service civil et les valeurs qu’il porte.

    Prise de position de Justice et paix, rédigée par F. Lüthi (5.06.26):