Catégorie : Français

  • Vers une conversion écologique ?

    Comment la foi chrétienne peut-elle inspirer des actions pour protéger notre Maison commune ?
    C’est ce que propose de faire découvrir cette série de cours organisée par le mouvement catholiqueLaudato si’. Suite à l’Encyclique du pape François Laudato si’ (2015) ce mouvement s’est déployé dans de nombreux pays, afin d’inciter les catholiques à adopter une démarche d’écologie intégrale et de développement durable inspirée de la foi chrétienne.
    Ces 4 webinaires de 1h30 (du 15 avril au 6 mai 2026) pour devenir animateur-trice Laudato si’ ont lieu en direct (16h-17h30) mais sont enregistrés afin de pouvoir également être consultés en différé. Ces formations gratuites sont ouvertes à toutes et tous.

    Dans le premier cours (mercredi 15 avril), Jean Jouzel, climatologue, fait le point sur la situation écologique actuelle (Voir). Hélène Noisette dans le second s’intéresse aux contenus de foi, de l’Encyclique Laudato si’, mais également de la doctrine sociale de l’Eglise, en lien avec le thème de l’écologie et de la protection de la nature, cette « maison commune » que nous partageons(Juger). Alexandre Masson, jésuite et auteur du livre Guide pratique de conversion écologique s’interroge ensuite sur la façon d’intégrer cette éthique dans sa vie quotidienne et comment cheminer vers une « conversion écologique personnelle » (Agir). Le dernier cours fera intervenir des militants de Madagascar, du Congo et de France.

    De nombreuses ressources sont proposées en complément du cours, ainsi que la possibilité de mettre en place un projet personnel et de bénéficier d’un accompagnement. Des formations similaires existent en italien, espagnol, portugais, polonais, hongrois et anglais.

    Programme et inscriptions

  • Samedi Saint : à quoi bon ?

    Samedi Saint : à quoi bon ?

    Dans l’année liturgique, il existe un jour où tout s’arrête. Aucune célébration. Le tabernacle est vide. Aucune bonne nouvelle. Le silence. Le Samedi Saint est un moment béant entre le Vendredi Saint et la Veillée pascale. Le samedi saint est une rupture dans le temps, l’espace et la parole. Hans Urs von Balthasar écrit à ce sujet : «  Et il existe ce jour où le Fils de Dieu est mort et où Dieu se tait. Oui, c’est pour ce jour que – comme la Tradition nous l’a montré – Dieu s’est fait homme. »

    Le Samedi Saint est le jour du silence de Dieu. Par sa mort sur la croix, Jésus Christ a vécu la mort de l’intérieur. Il a pris sur lui l’extrême de la condition humaine : l’abandon, le silence, la fin. Et c’est précisément là que réside un aveu radical : Dieu n’est pas seulement avec nous quand il fait clair. Il est là aussi – silencieux, attendant, persévérant – dans l’obscurité. Emmanuel – Dieu avec nous – même ici.

    Qu’est-ce que le samedi Saint a à nous dire ?

    Le Samedi Saint nous apprend une posture. Ce que cela signifie se révèle dans la lecture des Écritures. Au moment où la résurrection n’a pas encore eu lieu, personne ne savait ce qui allait advenir. Les apôtres ont fui. Seules quelques femmes sont restées – silencieuses, en deuil, persévérantes. Celui qui se confronte à la perte fait face à l’inacceptable. Regarder cette réalité en face exige beaucoup.

    Le deuil est un ancrage dans le réel, non une faiblesse. Le deuil est une expérience profondément humaine. Dans le fait de porter le deuil, nous témoignons de ce qu’une personne a représenté pour nous – de la place qu’elle occupait dans notre vie. Le deuil ne ment pas. Il montre ce qui était vraiment.

    Nous espérons – sans en être certains. Il est cependant difficile de contempler le Samedi Saint, sans la perspective de la résurrection. Et pourtant, c’est précisément ce point qui appartient à la foi. Croire ne signifie jamais : certitude absolue, mais plutôt : agir, même si l’issue est incertaine. Espérer représente un pari – non aveugle, mais toujours à nouveau confié à la fidélité de Dieu.

    La solidarité plonge, elle ne surplombe pas. Le Samedi Saint est le symbole de la solidarité extrême de Dieu avec les hommes. Cette solidarité ne connaît aucune limite. La descente du Christ dans la mort signifie : personne n’est si perdu que Dieu n’y soit pas. Dieu n’est pas la source de la souffrance – mais il la partage. Par Jésus Christ, Dieu va jusqu’à la mort. Karl Barth écrit : « Tel qu’il [Jésus Christ] est, tel est Dieu. Ainsi il affirme l’homme. Ainsi il prend part à lui. Ainsi il s’engage lui-même pour lui. »

    Le Samedi Saint : la présence malgré tout. Au Samedi Saint succède la Veillée pascale. Les chrétiens vivent dans la confiance que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. La résurrection n’ôte pas son poids à la souffrance – mais elle lui ôte le dernier mot. Dans nos vies, nous traversons aussi des deuils, qui comme les moments de Samedi Saint ont toute leur importance. Celui qui les évite ferme les yeux sur le scandale de la souffrance et de la mort.

    Pour aller plus loin: Hans Urs von Balthasar. La théologie des trois jours.

    30.03.2026 FL

  • « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast  avec Jean-Claude Huot

    « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast avec Jean-Claude Huot

    entretien avec F. Quinche le 5 mars à Fribourg (15′)

    à propos du livre « Ecouter les invisibles, un aumônier au cœur du travail raconte »,  paru aux éditions St Augustin en 2025, ouvrage préfacé par Ada Marra.

    Quelques questions abordées durant l’entretien :

    -Quel est le public visé par l’aumônerie du travail en Suisse ? Qui peut s’adresser à ce service ?

    – Le livre « Ecouter les invisibles » donne la parole aux personnes qui vivent des difficultés liées au monde du travail actuel, quel message ces personnes nous transmettent-elles ?

    -Les aumôniers et aumônières du travail sont en quelque sorte aux premières loges pour voir les situations sociales difficiles en lien avec le monde du travail actuel. Comment décrire les besoins des personnes qui viennent rencontrer les aumôniers ?

    -A travers les récits de personnes rencontrées on perçoit les mutations du monde du travail, comment l’aumônier-aumônière peut-il répondre à ces situations extrêmement difficiles ?

    -Quel rôle joue la confiance dans la construction de cette relation d’aide ?

    -L’impuissance de l’aumônier-aumônière face à certaines situations est souvent mentionnée dans le livre, mais comment ne pas se décourager face aux limites de ses possibilités d’action ?

    ***

  • Placés, internés, oubliés ?

    Placés, internés, oubliés ?

    Histoire(s) des mesures de coercition à des fins d’assistance en Suisse. » Exposition itinérante

    Actuellement présentée au musée historique de Lausanne jusqu’au 15 mars 2026, l’exposition voyagera ensuite à Lucerne  (mai à octobre 2026), puis Schaffhouse (décembre 26 à mai 2027), Bellinzone (mai-octobre 2027), puis Berne (novembre 2027 à février 2028). Mandatée par l’Office fédéral de la justice, dans le cadre du programme « Se souvenir pour l’avenir », elle est accompagnée d’un riche matériel pédagogique https://assistance-coercition.ch adapté aux trois régions linguistiques (témoignages, parcours didactiques pour l’éducation à la citoyenneté et l’histoire) réalisé notamment par les hautes écoles pédagogiques de Lucerne et du canton de Vaud et la Scuola Universitaria professionale della Svizzera italiana.

    L’exposition met en lumière les placements à des fins d’assistance, qui ont concerné plus de 100 000 personnes en Suisse au cours du 20ème siècle. Il s’agit de mesures de contrainte (emprisonnement, internement, placement extra familial forcé) opérées sans le consentement des personnes concernées et sans possibilité de recours. Ces placements  aboutissaient le plus souvent à la séparation des familles. Découlant du Code pénal de 1912 (Art. 284, 369, 370, 406) et de l’Arrêté du 24.10.1939 (qui devient une loi en 1941), ces mesures ont perduré jusque dans les années 1980. Elles concernaient majoritairement des enfants et adolescent.e.s.

    Les arguments invoqués étaient le plus souvent liés à la morale de l’époque ou à la précarité (chômage, enfants nés hors-mariage, maladie des parents, etc.). Des enfants de Yéniches ont aussi été ainsi séparés de leurs familles et placés, voire internés.  Il s’agissait de « protéger » ces personnes de leur milieu familial ou d’elles-mêmes, en les privant de liberté et en les séparant de leurs proches. Mais ces placements souvent loin de permettre à ces personnes de se construire, étaient associés à divers types de violences (physiques, psychiques, travail forcé, stérilisation ou castration forcée, expérimentation pharmaceutique non consentie, exclusion sociale..). De 1930 à 1980, ces internements administratifs ont concerné 648 institutions (prisons, colonies pénitentiaires, foyers) réparties dans de nombreux cantons. L’exposition met le focus sur Vaud, Berne, Schaffhouse, Lucerne et le Tessin.

    Cette histoire est longtemps restée inconnue du grand public. Les victimes de ces injustices se sont tues durant de nombreuses années à l’exception de quelques personnes qui ont publié des récits de vie. Mais parler était difficile dans un contexte où ces situations dérangeaient, car elles allaient à l’encontre de l’ image d’une Suisse « moderne »  et « libérale ». C’est une toute autre histoire des institutions qui apparaît ainsi : coercitives, paternalistes et souvent violentes.

    L’exposition met en avant les parcours de vie des enfants placés, à travers des témoignages audio et vidéo, mais aussi par l’accès aux dossiers administratifs de ces personnes. Se croisent alors le vécu des situations et le regard administratif des autorités.
    A travers ces témoignages, on découvre que les conséquences de ces internements injustes. Les violences subies et la stigmatisation qui les accompagnait ont souvent impacté ces personnes tout au long de leur vie.

    C’est grâce à l’aboutissement d’une initiative populaire que des changements législatifs ont pû être initiés et aboutir en 2016 à une loi visant à une réparation financière pour les victimes. Cette loi fédérale sur les « Mesures de coercition à des fins d’assistance et les placements extra familiaux antérieurs à 1981 » permet une compensation financière (25 000 chf) pour les victimes et un accès facilité à leur dossier administratif. Mais ces compensations n’effacent pas les souffrances vécues et ne dédouanent pas du devoir de mémoire, ni de l’analyse visant à comprendre les mécanismes qui ont pû conduire à ces injustices. C’est là qu’intervient la recherche scientifique, dans l’optique de comprendre comment ces dérives ont pû avoir lieu et concerner autant de personnes et d’institutions. La recherche historique permet aussi de montrer en quoi ces témoignages ne sont pas simplement des voix individuelles ou purement subjectives. Elle complète, resitue dans un contexte les discours au moyen des traces matérielles (dossiers, documents administratifs, iconographies..).

    Les impacts de ces recherches touchent autant à l’écriture de l’histoire de la Suisse, qu’au devoir de mémoire afin que ne tombent pas dans l’oubli les victimes, ou « survivant.e.s » comme se nomment certain.e.s des témoins dont le parcours est présenté dans l’exposition.

    F.Q. 12.03.26

  • Laisser pousser – mais comment ?

    Laisser pousser – mais comment ?

    Questions éthiques sur le génie génétique dans la politique agricole suisse

    Le 27 février, les signatures de l’initiative pour la protection des aliments ont été déposées. Celle-ci exige l’inscription dans la Constitution d’un examen complet des risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Vox Ethica a participé en juillet 2025 à la consultation sur la loi fédérale relative aux plantes issues des nouvelles techniques de sélection.

    Cette nouvelle loi vise à réguler de nouvelles techniques de manipulation du matériel génétique des plantes, notamment celles destinées à l’alimentation humaine. La proposition de loi prévoit la légalisation de manipulations précises du matériel génétique des plantes d’une même espèce ou issues d’espèces proches. Par cette loi, ces techniques seraient autorisées malgré le moratoire sur les OGM dont la prolongation jusqu’en 2030 a été décidée par le parlement.

    Les « nouvelles technologies de sélection » ont beau faire l’impasse sur le terme « génétique », elles n’en manipulent pas moins le génome des plantes. Les promoteurs de ces techniques les présentent comme plus précises et sûres que les techniques de modification génétique actuelles. Ils annoncent encore un rendement plus grand et une réduction d’utilisation de produits phytosanitaires. En outre, ces nouvelles techniques contribueraient à l’adaptation de l’agriculture aux défis du changement climatique.

    En réponse à ce projet de loi, Vox Ethica émet plusieurs réserves. Premièrement, il questionne la faisabilité et met en lumière les nombreux risques liés à deux filières de production et de distribution parallèles. Deuxièmement, il met en cause l’appellation « nouvelles technologies de sélection ». En effet, en introduisant cette appellation, la loi crée une nouvelle terminologie qui vise à contourner le moratoire sur les OGM. Notre service estime que cette différenciation est indue et qu’elle soulève des questions d’ordre démocratique.

    Finalement, le vrai enjeu et la ligne rouge à ne pas franchir relèvent de l’irréversibilité des manipulations génétiques, aussi ciblées et évolutives soient-elles. Les modifications génétiques étant transmises à la descendance, il devient difficile de justifier l’implantation d’une technique, prometteuse mais incertaine, avec tous les risques non encore maîtrisés qu’elle comporte, au sein d’une temporalité riche de plusieurs milliards d’années d’évolution.

    Dans son Encyclique Laudato si’ promulguée en 2015, le pape François constate une exploitation massive de la terre et de ses ressources. Il insiste sur l’humilité, la responsabilité et le respect de la création incombant aux chrétiens. Pour affronter ces défis, François propose une approche d’écologie intégrale allant au-delà des solutions purement technologiques. Cette démarche suppose un développement qui prend en compte tous les aspects du développement humain et non seulement les aspects économiques. Dans cette même perspective d’écologie intégrale, Vox Ethica préconise le respect du moratoire actuel et soutient une vision de l’agriculture plus respectueuse de la réalité du contexte suisse, à échelle humaine et garante d’une durabilité sociale et environnementale au service du bien commun et de l’ensemble du vivant.

    FL/FQ

  • Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Lors de l’ouverture de la session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tenu des propos clairs : « Partout dans le monde, les droits humains font l’objet d’une attaque frontale. Cette attaque ne vient ni de l’ombre ni par surprise. Non, la lutte est menée au vu et au su de tous, et ce par ceux qui sont au pouvoir. ». Les nations Unies ont joué un rôle historique dans la promotion des droits

    Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et la présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, Annalena Baerbock, ont tous deux tiré la même conclusion accablante dans leurs discours. Sans les nommer, ils ont déclaré que certains dirigeants se considéraient au-dessus des lois, remettant ainsi en question des principes fondamentaux qui semblaient longtemps acquis.

    Quotidiennement, les droits humains, même les plus fondamentaux, sont mis à mal, notamment par des atteintes envers la liberté d’expression et d’opinion, de nouvelles formes d’esclavage et de travail forcé, ou des traitements cruels et inhumains.

    Que faire face à cette évolution inquiétante ? Volker Türk souhaite mettre en place une alliance mondiale d’acteurs étatiques et de la société civile qui s’opposent à cette évolution et défendent les droits humains.

    Quel peut-être le rôle spécifique des Eglises dans cette situation ? De nombreuses Églises chrétiennes, mais aussi d’autres religions et croyant.e.s du monde entier s’engagent en faveur des droits humains et civils, ainsi que pour une vie digne pour tous et toutes. Cet engagement se traduit par des prises de position publiques ainsi que par des aides concrètes (juridiques, sociales, économiques) aux personnes vulnérables. Les aspects éducatifs ne sont pas à négliger, nombre d’organismes religieux proposent des services éducatifs visant à favoriser l’inclusion des plus précaires, par la formation professionnelle ou visant l’exercice de la citoyenneté. Eléments qui contribuent à une implémentation concrète des droits, à l’empowerment des personnes et des collectivités. En effet, au cœur du message Evangélique, cette exigence à venir en aide aux personnes dans le besoin, car chaque être humain est pensé à l’image de Dieu. Quelle que soit son origine, son milieu social il est pensé comme porteur d’une dignité inaliénable.

    En 1963, dans l’encyclique « Pacem in Terris » , Jean XXIII, s’engageait déjà au nom de l’Église catholique, en faveur des droits humains et d’un ordre mondial multilatéral fondé sur le droit, tel que promu par l’ONU. Le Concile Vatican II et les papes suivants ont confirmé cette voie, tout comme Léon XIV dans son Discours aux corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège du 9 janvier 2026 :

    « (…) les Nations Unies ont joué un rôle médiateur dans les conflits, encouragé le développement et aidé les États à protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Dans un monde confronté à des défis complexes tels que les tensions géopolitiques, les inégalités et les crises climatiques, l’organisation devrait jouer un rôle fondamental pour favoriser le dialogue et l’aide humanitaire, contribuant ainsi à construire un avenir plus juste. »

    Or la Suisse, en matière de protection des individus et de libertés fondamentales a encore des progrès à faire, par exemple rappelons qu’elle n’a pas signé la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et membres de leurs familles (1990). Convention qui vise précisément à les protéger de l’exploitation et des violations des droits de l’homme.

    L’Institut suisse des droits humains (ISDH, https://www.isdh.ch/fr, https://www.isdh.ch/de ), situé à Fribourg, s’engage depuis 2023 sur le plan national pour la protection et la promotion des droits fondamentaux. Indépendant des pouvoirs publics, il contribue notamment à des rapports sur la situation et l’évolution des droits humains en Suisse. Toute personne ou institution travaillant dans ce domaine peut demander à en devenir membre.

    FL / FQ 26.2.2026

  • « Pour une Europe libérée du crime organisé » Justice et paix Europe-Turin 13-15.02.26

    « Pour une Europe libérée du crime organisé » Justice et paix Europe-Turin 13-15.02.26

    Rencontre annuelle des Secrétaires des Commissions Justice et Paix à l’Arsenal de la Paix

    La délégation suisse de la Commission Justice et paix a participé à la rencontre des Commissions européennes qui se déroulait à Turin. La rencontre avait pour objectif de préparer l’élaboration du plan d’action de Justice et paix Europe des 4 prochaines années, ainsi que de penser les futures actions conjointes et préparer l’Assemblée générale qui se tiendra à Glasgow du 18 au 21 septembre 2026. La rencontre a eu lieu sur le site hautement symbolique de l’Arsenal de la paix (Sermig, https://fr.sermig.org/ ), ancienne usine d’armement transformée en centre socio-culturel et éducatif.

    Le thème d’ouverture, qui est aussi celui de l’Action concertée de 2026 portait sur le crime organisé et les moyens de lutter contre ce phénomène croissant. Le mercredi des Cendres 18 février a été lancée l’action commune intitulée « L’Europe et le crime organisé : relever le défi ensemble ». Ont été mis en avant les différents niveaux de responsabilités en matière de lutte contre le crime organisé et les contextes qui le favorisent. En effet le terreau du crime organisé réside notamment dans ses ramifications multiples et son intrication avec l’économie légale. L’Arsenal de la Paix et les activités du Sermig (Service missionnaire des jeunes) ont été présentés par Rosanna Tabasso. Ils contribuent à une éducation à la paix active par la mise en place de réseaux solidaires et des programmes de formation destinés aux jeunes et aux personnes dans la précarité.

    L’association Libera (https://www.libera.it/), présentée par son fondateur le Père Luigi Ciotta, regroupe un réseau de plus de 1000 associations italiennes qui luttent contre les organisations mafieuses. Elles proposent notamment des activités d’éducation à la citoyenneté, aux droits humains, de renforcement du tissu social et cherchent à favoriser la justice sociale. L’association s’investit également dans les actions de solidarité pour les victimes du crime organisé et la revalorisation sociale des biens et terres agricoles confisquées à la mafia.

    L’archevêque Luigi Renna a présenté ensuite « Educare a una pace disarmata e disarmante ». Ce document rédigé en 2025 par la Conférence des évêques italiens s’inscrit dans une série de travaux sur l’éducation aux valeurs sociales chrétiennes et propose des pistes pour une éducation active à la paix et à sa mise en œuvre au quotidien.

    Puis les avancées du programme Laudato si’ ont été présentées ainsi que les cours en ligne à destination des formateurs Laudato si’ (https://laudatosianimators.org/) qui débutent le 15 avril 2026. Ces formations à distance sont ouvertes à toute personne intéressée et accessibles notamment en français, italien et anglais. Les participant.e.s ont discuté de l’éducation comme clé de la paix, de la justice et des moyens de favoriser une citoyenneté active, en particulier chez les jeunes.

    Le programme comprenait également une visite du musée de la Casa Don Bosco organisée par la pastorale du travail et de la société du diocèse de Turin. Une messe a été célébrée dans la cathédrale de Turin par le cardinal Roberto Repole. Les participant.e.s se sont ensuite rendus sur la tombe de Pier Giorgio Frassati, récemment canonisé par le pape Léon XIV.

    Le secrétaire général de Justice et paix Europe, Marek Misak et les coprésidents Mgr. Antoine Hérouard et Maria Hammershoy ont en conclusion remercié la commission italienne pour son accueil et l’organisation de cette session.

    Références:

    Conférence des évêques italiens, Educare a una pace disarmata e disarmante, Note apostolique, 2025, (I)

    https://www.chiesacattolica.it/wp-content/uploads/sites/31/2025/12/05/NotaPastorale_EducarePace.pdf

    Site Justice et paix Europe : http://www.juspax-eu.org/fr/ et http://www.juspax-eu.org/de/

    Justice et paix Suisse : https://www.juspax.ch/

  • Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    D’un point de vue chrétien, lorsqu’on réfléchit à ses choix, on ne peut faire abstraction des conséquences prévisibles de ses choix, non seulement pour soi-même ou ses proches, mais également pour l’impact sociétal de ces choix. C’est là que nos choix deviennent proprement éthiques (et pas seulement un calcul d’intérêts).

    On peut s’interroger sur les valeurs ou principes qui nous font prendre une décision (se base-t- on sur des valeurs religieuses ou d’éthique sociale, philosophiques ou est-on uniquement influencé.e par des émotions : est-ce la peur ? la confiance ? L’espérance dans une société plus juste ? On peut aussi se demander d’où viennent ces émotions que génère telle ou telle thématique ? (médias, expériences, histoire personnelle, contexte social, éducation..) et pourquoi l’on vit des émotions si différentes face au même thème ?  Ceci amène à s’interroger sur la valeur même d’une démocratie, lorsque l’on vote. Est-ce uniquement pour défendre nos intérêts, ou vise-t-on autre chose ? Le type de rapports sociaux et de société que l’on souhaite voir éclore ?

    Que signifie la réaction de ne vouloir « être influencé par personne », que l’on oppose si souvent aux discours religieux?  C’est d’une façon considérer que l’on n’a rien à apprendre des autres quels qu’ils soient. Et c’est un paradoxe, qu’à l’heure où l’information n’a jamais été autant diffusée et facile d’accès, on s’enferme dans des sphères de sens uniforme et l’on cherche à ne plus voir ce qui diffère de nous, ou à réagir de manière violente et dénigrante lorsqu’on est confronté à des visions différentes de la sienne (comme les innombrables commentaires virulents des réseaux sociaux le montrent bien).

    Mais aussi qu’aucun argument provenant d’autrui ne peut nous sembler utile. La critique envers les Eglises, lorsqu’elles expriment des points de vue ou participent au débat politique est souvent virulente, elles tenteraient de nous faire voter d’une certaine façon et ainsi de brimer la liberté des croyants. Ce débat a aussi lieu en Suisse, presque à chaque fois que les Eglises ou les croyants expriment publiquement un ou des points de vues.

    A l’heure des influenceurs, du marketing viral, des réseaux sociaux et intelligences artificielles, où les influences sont bien souvent opaques et où le temps d’attention se monnaie chèrement, la voix des Eglises dérange, elle n’est souvent pas agréable à entendre, car elle ne se base pas uniquement sur la satisfaction des intérêts individuels, ne poursuit pas d’objectif financier, ne recherche pas nécessairement à accumuler les followers ou les clics. Elle se contente rarement du divertissement ou du statu quo, ne flatte pas l’ego consommateur ou partisan.

    Qui n’a pas entendu, à la sortie de la messe ou du culte ce « Je ne veux pas que l’on me dise ce que je dois voter, personne ne doit décider de mes choix politiques ! ». On peut répondre qu’être informé des multiples points de vues, arguments et positions possibles, fait justement partie de cette liberté. Que la liberté de se former une opinion, et donc d’exercer sa citoyenneté se base sur l’accès à une information plurielle et diversifiée. La Déclaration des droits de l’homme rappelle cette nécessité de l’accès à l’information, remise en cause dans tous les régimes totalitaires. De nombreux peuples dans le monde se battent pour avoir accès une information plurielle et diversifiée, pour avoir la possibilité de s’exprimer. Censurer la voix des Eglises et des croyants serait priver le débat public d’une vision importante, car souvent à contre-courant des discours dominants, et donc particulièrement précieuse. Or la voix des Evangiles que portent  les Eglises et les chrétiens rappelle justement l’attention que l’on doit avoir envers les plus faibles et les plus démunis dans nos sociétés. Faire taire ces voix, c’est aussi d’une certaine manière rendre encore plus invisibles ceux que notre société marginalise déjà.

    S’ouvrir aux idées des autres, découvrir leurs réalités, change nos points de vue. Et c’est peut-être là ce qui fait peur : être confrontés à d’autres situations, informations, contextes, tout cela risque d’ébranler nos certitudes. La culpabilité n’est pas loin..Nous mettant ainsi dans une inconfortable situation de doute.

    Or le doute et le questionnement sont inhérents à une pensée éthique. Face aux certitudes des discours fanatiques, il est au cœur des raisonnements éthiques, de s’interroger, sur nos intentions réelles, sur ce que l’on tient pour vrai, sur la justesse de nos principes, de leur application à telle ou telle situation, sur les conséquences réelles de nos choix.. sur ce qui importe réellement pour nous dans ces derniers.. Le doute, la nuance, l’interrogation, tout ce que les langages totalitaires et ceux des actuels fake news tentent d’éradiquer, comme le linguiste Viktor Klemperer l’avait finement décrit dans son analyse de la langue du IIIème Reich (du début des années 1930 à la fin de la seconde guerre mondiale Klemperer a noté quotidiennement les transformations de la langue allemande imposée par le discours totalitaire : disparition des nuances, des conditionnels, des formes hypothétiques et interrogatives au profit d’une langue simplifiée, incantatoire et le plus souvent violente).

    Quel serait le rôle des Eglises et des croyants, si muselés, ils ne s’intéressaient plus aux questions actuelles, ne cherchaient plus à réfléchir aussi, parmi d’autres et avec d’autres, aux choix qui impactent nos sociétés ? Se détourneraient de tout ce qui fait le monde d’aujourd’hui, ne témoigneraient plus de ce qu’ils voient et vivent au quotidien, ne rappelleraient à aucun moment les apports du message évangélique ? Joueraient-ils encore leur rôle ? La religion ainsi vue ne risquerait-elle pas de devenir cet opium anesthésiant nos coeurs ?

    F.Q. 12.02.26

  • 3 nouveaux membres dans la Commission Justice et paix suisse

    3 nouveaux membres dans la Commission Justice et paix suisse

    La Commission pontificale Justice et paix a été créée en 1967 par le Pape Paul VI, dans le contexte du Concile Vatican 2. Dans son Discours aux membres et consulteurs de Justice et paix, Paul VI, en référence à l’Encyclique Populum Progressio, qui  incitait : « tous les hommes de bonne volonté » à prendre conscience qu’ils sont tous frères, puisque tous fils du «Dieu vivant, Père de tous les hommes» (§ 21) et que Dieu les appelle tous à croître ensemble (§ 17), par un développement intégral de l’homme et un développement solidaire de l’humanité. Ce qui demande un effort concerté pour lutter contre l’injustice, et par là, sauver la paix.  Des Commissions Justice et paix ont ensuite été créées dans de nombreux pays. Elles visent à promouvoir la paix, notamment à travers le soutien aux politiques de désarmement, à la promotion d’une culture de la paix et de respect des droits humains et contribuent à la formation de l’opinion publique et des milieux catholiques

    La Commission Justice et paix Suisse a été créée en 1969, comme organe consultatif de la Conférence suisse des Evêques. Depuis, elle a abordé de nombreux sujets : développement, écologie, migration, justice, économie, service civil, politique d’asile, désarmement.. Elle a régulièrement travaillé conjointement avec les Eglises protestantes.  Rattachée en juin 2025 au Service Vox Ethica, la Commission Justice et paix Suisse a été réélue par la CES en décembre 2025. Son président, Thomas Wallimann, directeur d’Ethik 22 est théologien, spécialiste de l’éthique sociale chrétienne. Les membres de la Commission sont Tobias Karcher, S.J., Institut Lasalle ; Robert Unteregger, philosophe, Professeur à la HEP de Berne et Mgr. Josef Stübi, Evêque adjoint, du diocèse de Bâle, représentant de la CES.

    Les 3 nouveaux membres sont: Ada Marra, anc. conseillère nationale, accompagnante spirituelle en milieu hospitalier (en formation), Jean-Noël Maillard, directeur de Caritas Jura, et Matteo Frey, chercheur, Institut d’éthique sociale de l’Université de Lucerne.

    Sa secrétaire scientifique est Florence Quinche, responsable de Vox Ethica. La Commission Suisse fait partie du réseau de Commissions Justice et paix Europe, avec 32 autres commissions nationales qui sont nommées et mandatées respectivement par leurs Conférences des évêques.

    Dans ses dernières prises de position, Justice et paix Suisse s’est exprimée notamment : contre l’extension de l’exportation d’armes par les entreprises suisses.

    Les récentes prises de position de Justice et paix Europe portent sur les thèmes suivants :  « Justice, Peace and human Dignity for Greenland », 20.01.26 « Justice and Peace for Venezuela and its People », 6.01.26.

    FQ

  • Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Un article de Thomas Wallimann-Sasaki, Président de Justice et Paix Suisse. Justice et Paix est la commission d’éthique sociale de la Conférence des évêques suisses qui s’engage pour la justice et la paix en Suisse et dans le monde.

    Même si la guerre et le commerce des armes font partie de ce monde, la Suisse se doit d’insister à « davantage de matériel de guerre » ne conduit pas à une vie meilleure. Nous savons que ni les régimes totalitaires, ni le fanatisme religieux, ni la guerre ne peuvent créer une vie bonne pour tous et toutes. Les livraisons de matériel de guerre à des pays en prise à des conflits internes exacerbent ces conflits.

    Le christianisme, et en particulier l’Église catholique, ont une histoire mouvementée en matière d’armes et de guerre. Aujourd’hui, nous sommes plus convaincus que jamais que le développement holistique de l’être humain doit être au cœur de toute politique. Cela vaut également pour la politique d’exportation de matériel de guerre et de sécurité.

    C’est pourquoi le critère principal pour évaluer l’éthique des exportations de matériel de guerre ne peut pas être l’intérêt économique, ni la préservation des emplois dans les pays producteurs de ce matériel. C’est au contraire, le bien-être de tous les êtres humains qui s’avère le critère éthique central. Car seule une infime minorité profite des bénéfices financiers générés par l’augmentation des exportations de matériel de guerre, tandis qu’un grand nombre de personnes en souffrent de manière excessive. Ceci s’oppose directement à notre conception chrétienne du bien commun.

    La paix et les améliorations sociales sont liées à la justice. Celle-ci joue un rôle important dans la répartition des ressources, tant au sein des pays que sur le plan international. Lorsque les pays pauvres et ceux en proie à des conflits internes utilisent leurs ressources financières pour de l’armement, l’éducation et l’approvisionnement alimentaire sont généralement négligés. Les plus pauvres en souffrent tout particulièrement. Une augmentation des exportations de matériel de guerre renforce ces inégalités et va à l’encontre de l’amour du prochain. La loi du plus fort n’est une base ni pour la paix ni pour la justice.

    Un mot sur l’argument selon lequel la part de la Suisse sur le marché mondial reste faible et que, si la Suisse renonçait à ces exportations, ce seraient simplement « d’autres » qui fourniraient ce matériel. Cet argument ne tient pas sur le plan éthique. En effet, un comportement contraire à l’éthique ne devient pas « plus juste » ou justifié simplement parce que « d’autres » pourraient faire de même ou pire encore.

    Dès 1481, lors de l’incident de Stans, les Confédérés ont compris qu’on vivait mieux ensemble quand on renonçait à se battre pour s’écouter et échanger !

    Thomas Wallimann-Sasaki, Dr en théologie Président de Justice et Paix Suisse, Rohrmatte 6, CH-6372 Ennetmoos

    sozialethik@bluewin.ch

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