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  • « Le service civil renforce-t-il le bien commun ? » Podcast avec Florian Lüthi et Thomas Wallimann

    mercredi 26 mai 2026

    Source : https://www.zivi.admin.ch/fr/medias

    Résumé du Podcast :

    Le podcast débute par une brève présentation de l’historique de l’introduction du service civil en Suisse : c’est suite à l’initiative dite de « Münchensteiner » à la fin des années 70 qu’a commencé à se diffuser en Suisse plus largement l’idée d’un service civil. Le refus de servir dans l’armée était jusqu’alors condamnable et ceux qui refusaient d’accomplir le service militaire étaient punis d’une peine de prison. En 1992 une nouvelle initiative est acceptée et un service civil sera finalement instauré en 1996. Jusqu’en 2009, pour faire le service civil, il fallait passer un entretien et démontrer ses motivations, argumenter face à une commission qui décidait ensuite de l’admission ou non. Il fallait en quelque sorte prouver le bien-fondé de son conflit de conscience. Mais cette procédure était particulièrement inégalitaire en ce qu’elle favorisait ceux qui sont à l’aise dans une argumentation théorique et verbale. Ce système d’examen a été depuis remplacé par une « preuve par l’acte », où les candidats au service civil démontrent le bien-fondé de leur motivation et de leur conflit de conscience en effectuant une fois et demie la durée du service militaire.

    Depuis l’abandon de l’examen devant une commission, le nombre de civilistes a fortement augmenté, passant d’environ 1500 à plus de 7000 par année de nos jours.  Actuellement le service civil commence par une mission de langue durée de 150 jours, dans un domaine soit lié au social, à l’éducation, la culture, la santé ou l’agriculture. Depuis 2019 le Conseil fédéral a tenté de durcir l’admission au service civil, mais sans réel succès.

    Florian Lüthi explique ensuite son expérience de service civil, dans le domaine du social, et comment cette expérience a pu faire sens pour lui, notamment à travers l’accompagnement de personnes avec des difficultés spécifiques.

    A la question si le service civil serait une voie plus facile et moins exigeante que le service militaire, il répond en montrant que les civilistes peuvent aussi se trouver dans des contextes exigeants, notamment sur le plan humain. Par exemple en travaillant avec des personnes à besoins spécifiques, les civilistes peuvent soulager momentanément certaines équipes soumises à de fortes pressions et ainsi jouer un rôle de régulateur dans certains services qui sont souvent en sous-effectifs, ou dans des domaines où le rythme de travail est très soutenu et exigeant physiquement (soins, travail agricole, milieux éducatifs).

    Florian Lüthi s’interroge ensuite sur la notion de bien commun : Les civilistes contribuent-ils à ce bien commun ? En Suisse, l’idée de bien commun, de servir la société, n’est pas détachée d’une certaine idée de la citoyenneté participative et de l’engagement. Le Bien commun est en quelque sort porté par les citoyens eux-mêmes, dans leur engagement, que ce soit dans l’armée ou dans d’autres structures (politiques, associatives). Tout notre système politique est en fait système basé sur l’engagement des citoyens et le service civil fonctionne sur le même principe, à savoir permettre de s’engager à son niveau de capacités, pour la société. En ce sens ceci montre l’attachement des Suisses à cette participation des citoyens à une certaine vision de l’Etat.

    T. Wallimann interroge ensuite F. Lüthi sur la situation actuelle. De nombreuses guerres éclatent, même tout près de la Suisse, est-ce qu’une posture résolument pacifiste n’est pas dangereuse ou naïve de nos jours ? A cette question, le théologien répond que préparer la guerre n’est pas suffisant pour favoriser l’avènement de la paix, et encore moins pour instaurer une culture de paix. Il donne également plusieurs exemples où les activités des civilistes, notamment dans le social et le monde éducatif, contribuent à renforcer le sentiment de sécurité des personnes (en milieu psychiatrique et scolaire), parfois de par leur simple présence, ils peuvent contribuer à la pacification de certains environnements ou à éviter des dérives.

    Le podcast se conclut par une discussion sur les conséquences possibles d’un durcissement de l’accès au service civil, et notamment sur les risques d’une augmentation des cas d’inaptitude au service militaire, ce qui ne résoudrait pas les difficultés de recrutement pour le service militaire, et aurait pour conséquence de priver la société du soutien de nombreux civilistes, voire de faire perdre cette tradition d’aide et de participation que véhicule le service civil et les valeurs qu’il porte.

  • Initiative « Pas de Suisse à 10 millions », prise de position d’Isabel Vasquez, directrice de Migratio, service de la Conférence des évêques Suisses

    Volksinitiative « Keine 10 Millionen-Schweiz ! » Stellungnahme von Isabel Vasquez Direktorin migratio Schweiz, eine Dienstelle der Schweizer Bischofskonferenz

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    in italiano :

  • Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    Prise de position sur l’Initiative populaire: « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité »

    « J’étais étranger et vous m’avez accueilli […].
    En vérité je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

    (Matthieu 25,35.40, TOB)

    Le 14 juin 2026, le peuple suisse est appelé à se prononcer sur l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », qui vise à inscrire dans la Constitution un plafond démographique contraignant qui vise à restreindre significativement l’immigration. Vox Ethica souhaite éclairer ce débat à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église et de la tradition biblique. Ces deux sources se rejoignent sur la question de l’accueil de l’étranger.

    Cette initiative ne propose pas de solutions adaptées et réalistes à des problèmes très divers. Chacun de ces sujets demande des solutions précises et adaptées. Les nombreux défis et mutations de la société actuelle ne peuvent pas être uniquement pensés à travers le prisme de la migration. Ce type de discours propose de fausses solutions et favorise les amalgames entre « étrangers » et « problèmes ».  Ces discours sont dangereux car ils donnent une fausse vision de la réalité. 

    Les préoccupations concernant les infrastructures et le logement et l’aménagement du territoire sont réelles et méritent des réponses sérieuses. Le territoire suisse n’est effectivement pas indéfiniment extensible. Les causes de la pression sur les territoires sont structurelles (répartition des logements, densité des villes, modes de déplacements, de production, urbanisme, consommation, justice économique). Les réduire à un seuil d’immigration, c’est à la fois une erreur d’analyse et un déplacement de responsabilité.

    Vision écologique dans le catholicisme

    L’apport de l’écologie intégrale, au sens de Laudato si‘, vise à prendre en compte aussi bien les aspects humains, qu’environnementaux et économiques. Les défis écologiques auxquels nous sommes confrontés, ne sont pas liés à l’immigration, mais à notre exploitation massive des ressources naturelles.  La démesure envers la création n’est pas une question secondaire et elle mérite d’être prise au sérieux. L’être humain n’est pas simplement propriétaire de la création, mais son gardien. L’Encyclique Laudato si’ nous incite à repenser nos modes de consommation et de relation à la nature, tout en respectant l’humain et particulièrement les plus vulnérables.

    « […] Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société. » Laudato si’, 91

    « Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. », Laudato si’, 50

    L’accueil de l’autre au cœur de la Révélation biblique

    De la vocation d’Abraham (Gn 12,1) à la fuite en Égypte de la Sainte Famille (Mt 2,13-15), en passant par l’esclavage et l’exode fondateurs d’Israël, l’histoire du salut est structurellement une histoire de migration. Cette mémoire n’est pas anecdotique. Elle fonde un impératif éthique répété avec une insistance sans équivalent dans le Premier Testament : « Lorsqu’un immigré résidera avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. L’immigré qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote ; tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été immigrés au pays d’Égypte. […] » (Lv 19,33-34). Nous sommes appelés à imiter Dieu et à faire preuve de sagesse par nos actes (Imitatio Dei) : « Il [Dieu] aime l’immigré » (cf. Dt 10,18). Le Nouveau Testament poursuit cette logique par l’identification de l’étranger au Christ : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35).

    Le peuple de Dieu est un peuple qui se souvient d’avoir été étranger, et qui tient de cette mémoire son éthique de l’accueil et de l’hospitalité.

    La solidarité, une valeur chrétienne centrale
    La doctrine sociale catholique nous rappelle notre devoir de solidarité, non seulement envers nos proches ou nos familles, mais envers toute personne. En effet le christianisme propose une éthique universelle, où chacun est mon prochain, quelle que soit sa nationalité, son statut, sa culture ou son origine. La solidarité ne s’adresse pas seulement à mes compatriotes, mais à toute personne dans le besoin, avec une attention particulière pour les plus vulnérables et les plus démunis. Refuser ou affaiblir le droit d’asile c’est remettre en question, non seulement l’engagement de la Suisse pour les droits de l’homme, mais c’est aussi porter atteinte au cœur de l’éthique chrétienne. Pour les chrétiens une fraternité universelle unit tous les êtres humains. Les solutions qui cherchent à diminuer notre responsabilité envers les autres ne peuvent pas se fonder sur la pensée chrétienne.

    La remise en question du regroupement familial et la mise en péril du statut de travailleur permanent, fragilisent les familles et empêchent leur intégration. Rappelons-le, la Suisse bénéficie depuis des siècles de l’apport des travailleurs et travailleuses étrangers, qui ont contribué à construire ce pays et son identité multiculturelle. Ces personnes d’origine étrangère apportent beaucoup à la Suisse au niveau économique, social et humain. Et n’oublions pas qu’une grande partie de la communauté catholique de ce pays est issue de l’immigration[i].

    Une politique qui renforce la pauvreté

    Rendre le travail des étrangers encore plus précaire n’est pas une façon de soutenir les travailleurs et travailleuses de ce pays, mais constitue d’abord une atteinte au droit du travail qui se répercute dans toute la société. Les défis actuels de la Suisse (pénurie de logements, augmentation des frais d’assurance maladie, etc.) doivent être combattus par une défense accrue des plus vulnérables et une meilleure justice sociale. Une plus grande solidarité passe par le renforcement des droits humains. Une défense des droits sociaux et économiques de tous et toutes (droit à un logement abordable, à une éducation de qualité, à la formation, à un salaire décent, etc.) est de nos jours de plus en plus nécessaire. La stigmatisation des travailleurs les plus vulnérables que l’on transforme en bouc-émissaires n’apporte aucune solution éthiquement acceptable. Ceci risquerait d’augmenter encore les emplois les plus précaires (travail saisonnier, travail au noir..). Cette initiative pourrait davantage favoriser l’exploitation des travailleurs migrants, empêcher leur pleine intégration et creuser encore les inégalités dans le monde du travail.

    Comment accueillons-nous celui qui vient ?

    L’initiative en raisonnant en termes de flux et de seuils, réduit des existences humaines à de simples chiffres dans une équation démographique. Traiter le nombre d’êtres humains présents sur un territoire comme une menace à contenir instrumentalise ces personnes au lieu de leur reconnaître un visage, une humanité. Les mesures prévues par l’initiative impliquent nécessairement que certains seront renvoyés ou exclus, non pas en vertu d’un examen de leur situation propre, mais uniquement en raison d’un calcul. Réduire des personnes et leurs familles à des chiffres constitue une atteinte évidente à leur humanité.

    «L’Église, comme une mère, marche avec ceux qui marchent. Là où le monde voit des menaces, elle voit des fils; là où l’on construit des murs, elle construit des ponts. Elle sait que son annonce de l’Évangile est crédible seulement lorsqu’elle se traduit en gestes de proximité et d’accueil ; et que dans tout migrant rejeté, le Christ lui-même frappe à la porte de la communauté. », Dilexi Te, 75.

    Florence Quinche, philosophe & Florian Lüthi, théologien, pour Vox ethica


  • Vers une conversion écologique ?

    Comment la foi chrétienne peut-elle inspirer des actions pour protéger notre Maison commune ?
    C’est ce que propose de faire découvrir cette série de cours organisée par le mouvement catholiqueLaudato si’. Suite à l’Encyclique du pape François Laudato si’ (2015) ce mouvement s’est déployé dans de nombreux pays, afin d’inciter les catholiques à adopter une démarche d’écologie intégrale et de développement durable inspirée de la foi chrétienne.
    Ces 4 webinaires de 1h30 (du 15 avril au 6 mai 2026) pour devenir animateur-trice Laudato si’ ont lieu en direct (16h-17h30) mais sont enregistrés afin de pouvoir également être consultés en différé. Ces formations gratuites sont ouvertes à toutes et tous.

    Dans le premier cours (mercredi 15 avril), Jean Jouzel, climatologue, fait le point sur la situation écologique actuelle (Voir). Hélène Noisette dans le second s’intéresse aux contenus de foi, de l’Encyclique Laudato si’, mais également de la doctrine sociale de l’Eglise, en lien avec le thème de l’écologie et de la protection de la nature, cette « maison commune » que nous partageons(Juger). Alexandre Masson, jésuite et auteur du livre Guide pratique de conversion écologique s’interroge ensuite sur la façon d’intégrer cette éthique dans sa vie quotidienne et comment cheminer vers une « conversion écologique personnelle » (Agir). Le dernier cours fera intervenir des militants de Madagascar, du Congo et de France.

    De nombreuses ressources sont proposées en complément du cours, ainsi que la possibilité de mettre en place un projet personnel et de bénéficier d’un accompagnement. Des formations similaires existent en italien, espagnol, portugais, polonais, hongrois et anglais.

    Programme et inscriptions

  • Samedi Saint : à quoi bon ?

    Samedi Saint : à quoi bon ?

    Dans l’année liturgique, il existe un jour où tout s’arrête. Aucune célébration. Le tabernacle est vide. Aucune bonne nouvelle. Le silence. Le Samedi Saint est un moment béant entre le Vendredi Saint et la Veillée pascale. Le samedi saint est une rupture dans le temps, l’espace et la parole. Hans Urs von Balthasar écrit à ce sujet : «  Et il existe ce jour où le Fils de Dieu est mort et où Dieu se tait. Oui, c’est pour ce jour que – comme la Tradition nous l’a montré – Dieu s’est fait homme. »

    Le Samedi Saint est le jour du silence de Dieu. Par sa mort sur la croix, Jésus Christ a vécu la mort de l’intérieur. Il a pris sur lui l’extrême de la condition humaine : l’abandon, le silence, la fin. Et c’est précisément là que réside un aveu radical : Dieu n’est pas seulement avec nous quand il fait clair. Il est là aussi – silencieux, attendant, persévérant – dans l’obscurité. Emmanuel – Dieu avec nous – même ici.

    Qu’est-ce que le samedi Saint a à nous dire ?

    Le Samedi Saint nous apprend une posture. Ce que cela signifie se révèle dans la lecture des Écritures. Au moment où la résurrection n’a pas encore eu lieu, personne ne savait ce qui allait advenir. Les apôtres ont fui. Seules quelques femmes sont restées – silencieuses, en deuil, persévérantes. Celui qui se confronte à la perte fait face à l’inacceptable. Regarder cette réalité en face exige beaucoup.

    Le deuil est un ancrage dans le réel, non une faiblesse. Le deuil est une expérience profondément humaine. Dans le fait de porter le deuil, nous témoignons de ce qu’une personne a représenté pour nous – de la place qu’elle occupait dans notre vie. Le deuil ne ment pas. Il montre ce qui était vraiment.

    Nous espérons – sans en être certains. Il est cependant difficile de contempler le Samedi Saint, sans la perspective de la résurrection. Et pourtant, c’est précisément ce point qui appartient à la foi. Croire ne signifie jamais : certitude absolue, mais plutôt : agir, même si l’issue est incertaine. Espérer représente un pari – non aveugle, mais toujours à nouveau confié à la fidélité de Dieu.

    La solidarité plonge, elle ne surplombe pas. Le Samedi Saint est le symbole de la solidarité extrême de Dieu avec les hommes. Cette solidarité ne connaît aucune limite. La descente du Christ dans la mort signifie : personne n’est si perdu que Dieu n’y soit pas. Dieu n’est pas la source de la souffrance – mais il la partage. Par Jésus Christ, Dieu va jusqu’à la mort. Karl Barth écrit : « Tel qu’il [Jésus Christ] est, tel est Dieu. Ainsi il affirme l’homme. Ainsi il prend part à lui. Ainsi il s’engage lui-même pour lui. »

    Le Samedi Saint : la présence malgré tout. Au Samedi Saint succède la Veillée pascale. Les chrétiens vivent dans la confiance que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. La résurrection n’ôte pas son poids à la souffrance – mais elle lui ôte le dernier mot. Dans nos vies, nous traversons aussi des deuils, qui comme les moments de Samedi Saint ont toute leur importance. Celui qui les évite ferme les yeux sur le scandale de la souffrance et de la mort.

    Pour aller plus loin: Hans Urs von Balthasar. La théologie des trois jours.

    30.03.2026 FL

  • « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast  avec Jean-Claude Huot

    « Ecouter les invisibles, un aumônier au coeur du travail raconte », Podcast avec Jean-Claude Huot

    entretien avec F. Quinche le 5 mars à Fribourg (15′)

    à propos du livre « Ecouter les invisibles, un aumônier au cœur du travail raconte »,  paru aux éditions St Augustin en 2025, ouvrage préfacé par Ada Marra.

    Quelques questions abordées durant l’entretien :

    -Quel est le public visé par l’aumônerie du travail en Suisse ? Qui peut s’adresser à ce service ?

    – Le livre « Ecouter les invisibles » donne la parole aux personnes qui vivent des difficultés liées au monde du travail actuel, quel message ces personnes nous transmettent-elles ?

    -Les aumôniers et aumônières du travail sont en quelque sorte aux premières loges pour voir les situations sociales difficiles en lien avec le monde du travail actuel. Comment décrire les besoins des personnes qui viennent rencontrer les aumôniers ?

    -A travers les récits de personnes rencontrées on perçoit les mutations du monde du travail, comment l’aumônier-aumônière peut-il répondre à ces situations extrêmement difficiles ?

    -Quel rôle joue la confiance dans la construction de cette relation d’aide ?

    -L’impuissance de l’aumônier-aumônière face à certaines situations est souvent mentionnée dans le livre, mais comment ne pas se décourager face aux limites de ses possibilités d’action ?

    ***

  • Placés, internés, oubliés ?

    Placés, internés, oubliés ?

    Histoire(s) des mesures de coercition à des fins d’assistance en Suisse. » Exposition itinérante

    Actuellement présentée au musée historique de Lausanne jusqu’au 15 mars 2026, l’exposition voyagera ensuite à Lucerne  (mai à octobre 2026), puis Schaffhouse (décembre 26 à mai 2027), Bellinzone (mai-octobre 2027), puis Berne (novembre 2027 à février 2028). Mandatée par l’Office fédéral de la justice, dans le cadre du programme « Se souvenir pour l’avenir », elle est accompagnée d’un riche matériel pédagogique https://assistance-coercition.ch adapté aux trois régions linguistiques (témoignages, parcours didactiques pour l’éducation à la citoyenneté et l’histoire) réalisé notamment par les hautes écoles pédagogiques de Lucerne et du canton de Vaud et la Scuola Universitaria professionale della Svizzera italiana.

    L’exposition met en lumière les placements à des fins d’assistance, qui ont concerné plus de 100 000 personnes en Suisse au cours du 20ème siècle. Il s’agit de mesures de contrainte (emprisonnement, internement, placement extra familial forcé) opérées sans le consentement des personnes concernées et sans possibilité de recours. Ces placements  aboutissaient le plus souvent à la séparation des familles. Découlant du Code pénal de 1912 (Art. 284, 369, 370, 406) et de l’Arrêté du 24.10.1939 (qui devient une loi en 1941), ces mesures ont perduré jusque dans les années 1980. Elles concernaient majoritairement des enfants et adolescent.e.s.

    Les arguments invoqués étaient le plus souvent liés à la morale de l’époque ou à la précarité (chômage, enfants nés hors-mariage, maladie des parents, etc.). Des enfants de Yéniches ont aussi été ainsi séparés de leurs familles et placés, voire internés.  Il s’agissait de « protéger » ces personnes de leur milieu familial ou d’elles-mêmes, en les privant de liberté et en les séparant de leurs proches. Mais ces placements souvent loin de permettre à ces personnes de se construire, étaient associés à divers types de violences (physiques, psychiques, travail forcé, stérilisation ou castration forcée, expérimentation pharmaceutique non consentie, exclusion sociale..). De 1930 à 1980, ces internements administratifs ont concerné 648 institutions (prisons, colonies pénitentiaires, foyers) réparties dans de nombreux cantons. L’exposition met le focus sur Vaud, Berne, Schaffhouse, Lucerne et le Tessin.

    Cette histoire est longtemps restée inconnue du grand public. Les victimes de ces injustices se sont tues durant de nombreuses années à l’exception de quelques personnes qui ont publié des récits de vie. Mais parler était difficile dans un contexte où ces situations dérangeaient, car elles allaient à l’encontre de l’ image d’une Suisse « moderne »  et « libérale ». C’est une toute autre histoire des institutions qui apparaît ainsi : coercitives, paternalistes et souvent violentes.

    L’exposition met en avant les parcours de vie des enfants placés, à travers des témoignages audio et vidéo, mais aussi par l’accès aux dossiers administratifs de ces personnes. Se croisent alors le vécu des situations et le regard administratif des autorités.
    A travers ces témoignages, on découvre que les conséquences de ces internements injustes. Les violences subies et la stigmatisation qui les accompagnait ont souvent impacté ces personnes tout au long de leur vie.

    C’est grâce à l’aboutissement d’une initiative populaire que des changements législatifs ont pû être initiés et aboutir en 2016 à une loi visant à une réparation financière pour les victimes. Cette loi fédérale sur les « Mesures de coercition à des fins d’assistance et les placements extra familiaux antérieurs à 1981 » permet une compensation financière (25 000 chf) pour les victimes et un accès facilité à leur dossier administratif. Mais ces compensations n’effacent pas les souffrances vécues et ne dédouanent pas du devoir de mémoire, ni de l’analyse visant à comprendre les mécanismes qui ont pû conduire à ces injustices. C’est là qu’intervient la recherche scientifique, dans l’optique de comprendre comment ces dérives ont pû avoir lieu et concerner autant de personnes et d’institutions. La recherche historique permet aussi de montrer en quoi ces témoignages ne sont pas simplement des voix individuelles ou purement subjectives. Elle complète, resitue dans un contexte les discours au moyen des traces matérielles (dossiers, documents administratifs, iconographies..).

    Les impacts de ces recherches touchent autant à l’écriture de l’histoire de la Suisse, qu’au devoir de mémoire afin que ne tombent pas dans l’oubli les victimes, ou « survivant.e.s » comme se nomment certain.e.s des témoins dont le parcours est présenté dans l’exposition.

    F.Q. 12.03.26

  • Laisser pousser – mais comment ?

    Laisser pousser – mais comment ?

    Questions éthiques sur le génie génétique dans la politique agricole suisse

    Le 27 février, les signatures de l’initiative pour la protection des aliments ont été déposées. Celle-ci exige l’inscription dans la Constitution d’un examen complet des risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Vox Ethica a participé en juillet 2025 à la consultation sur la loi fédérale relative aux plantes issues des nouvelles techniques de sélection.

    Cette nouvelle loi vise à réguler de nouvelles techniques de manipulation du matériel génétique des plantes, notamment celles destinées à l’alimentation humaine. La proposition de loi prévoit la légalisation de manipulations précises du matériel génétique des plantes d’une même espèce ou issues d’espèces proches. Par cette loi, ces techniques seraient autorisées malgré le moratoire sur les OGM dont la prolongation jusqu’en 2030 a été décidée par le parlement.

    Les « nouvelles technologies de sélection » ont beau faire l’impasse sur le terme « génétique », elles n’en manipulent pas moins le génome des plantes. Les promoteurs de ces techniques les présentent comme plus précises et sûres que les techniques de modification génétique actuelles. Ils annoncent encore un rendement plus grand et une réduction d’utilisation de produits phytosanitaires. En outre, ces nouvelles techniques contribueraient à l’adaptation de l’agriculture aux défis du changement climatique.

    En réponse à ce projet de loi, Vox Ethica émet plusieurs réserves. Premièrement, il questionne la faisabilité et met en lumière les nombreux risques liés à deux filières de production et de distribution parallèles. Deuxièmement, il met en cause l’appellation « nouvelles technologies de sélection ». En effet, en introduisant cette appellation, la loi crée une nouvelle terminologie qui vise à contourner le moratoire sur les OGM. Notre service estime que cette différenciation est indue et qu’elle soulève des questions d’ordre démocratique.

    Finalement, le vrai enjeu et la ligne rouge à ne pas franchir relèvent de l’irréversibilité des manipulations génétiques, aussi ciblées et évolutives soient-elles. Les modifications génétiques étant transmises à la descendance, il devient difficile de justifier l’implantation d’une technique, prometteuse mais incertaine, avec tous les risques non encore maîtrisés qu’elle comporte, au sein d’une temporalité riche de plusieurs milliards d’années d’évolution.

    Dans son Encyclique Laudato si’ promulguée en 2015, le pape François constate une exploitation massive de la terre et de ses ressources. Il insiste sur l’humilité, la responsabilité et le respect de la création incombant aux chrétiens. Pour affronter ces défis, François propose une approche d’écologie intégrale allant au-delà des solutions purement technologiques. Cette démarche suppose un développement qui prend en compte tous les aspects du développement humain et non seulement les aspects économiques. Dans cette même perspective d’écologie intégrale, Vox Ethica préconise le respect du moratoire actuel et soutient une vision de l’agriculture plus respectueuse de la réalité du contexte suisse, à échelle humaine et garante d’une durabilité sociale et environnementale au service du bien commun et de l’ensemble du vivant.

    FL/FQ

  • Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Pour un ordre mondial fondé sur la dignité et les droits humains

    Lors de l’ouverture de la session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tenu des propos clairs : « Partout dans le monde, les droits humains font l’objet d’une attaque frontale. Cette attaque ne vient ni de l’ombre ni par surprise. Non, la lutte est menée au vu et au su de tous, et ce par ceux qui sont au pouvoir. ». Les nations Unies ont joué un rôle historique dans la promotion des droits

    Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et la présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, Annalena Baerbock, ont tous deux tiré la même conclusion accablante dans leurs discours. Sans les nommer, ils ont déclaré que certains dirigeants se considéraient au-dessus des lois, remettant ainsi en question des principes fondamentaux qui semblaient longtemps acquis.

    Quotidiennement, les droits humains, même les plus fondamentaux, sont mis à mal, notamment par des atteintes envers la liberté d’expression et d’opinion, de nouvelles formes d’esclavage et de travail forcé, ou des traitements cruels et inhumains.

    Que faire face à cette évolution inquiétante ? Volker Türk souhaite mettre en place une alliance mondiale d’acteurs étatiques et de la société civile qui s’opposent à cette évolution et défendent les droits humains.

    Quel peut-être le rôle spécifique des Eglises dans cette situation ? De nombreuses Églises chrétiennes, mais aussi d’autres religions et croyant.e.s du monde entier s’engagent en faveur des droits humains et civils, ainsi que pour une vie digne pour tous et toutes. Cet engagement se traduit par des prises de position publiques ainsi que par des aides concrètes (juridiques, sociales, économiques) aux personnes vulnérables. Les aspects éducatifs ne sont pas à négliger, nombre d’organismes religieux proposent des services éducatifs visant à favoriser l’inclusion des plus précaires, par la formation professionnelle ou visant l’exercice de la citoyenneté. Eléments qui contribuent à une implémentation concrète des droits, à l’empowerment des personnes et des collectivités. En effet, au cœur du message Evangélique, cette exigence à venir en aide aux personnes dans le besoin, car chaque être humain est pensé à l’image de Dieu. Quelle que soit son origine, son milieu social il est pensé comme porteur d’une dignité inaliénable.

    En 1963, dans l’encyclique « Pacem in Terris » , Jean XXIII, s’engageait déjà au nom de l’Église catholique, en faveur des droits humains et d’un ordre mondial multilatéral fondé sur le droit, tel que promu par l’ONU. Le Concile Vatican II et les papes suivants ont confirmé cette voie, tout comme Léon XIV dans son Discours aux corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège du 9 janvier 2026 :

    « (…) les Nations Unies ont joué un rôle médiateur dans les conflits, encouragé le développement et aidé les États à protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Dans un monde confronté à des défis complexes tels que les tensions géopolitiques, les inégalités et les crises climatiques, l’organisation devrait jouer un rôle fondamental pour favoriser le dialogue et l’aide humanitaire, contribuant ainsi à construire un avenir plus juste. »

    Or la Suisse, en matière de protection des individus et de libertés fondamentales a encore des progrès à faire, par exemple rappelons qu’elle n’a pas signé la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et membres de leurs familles (1990). Convention qui vise précisément à les protéger de l’exploitation et des violations des droits de l’homme.

    L’Institut suisse des droits humains (ISDH, https://www.isdh.ch/fr, https://www.isdh.ch/de ), situé à Fribourg, s’engage depuis 2023 sur le plan national pour la protection et la promotion des droits fondamentaux. Indépendant des pouvoirs publics, il contribue notamment à des rapports sur la situation et l’évolution des droits humains en Suisse. Toute personne ou institution travaillant dans ce domaine peut demander à en devenir membre.

    FL / FQ 26.2.2026

  • « Pour une Europe libérée du crime organisé » Justice et paix Europe-Turin 13-15.02.26

    « Pour une Europe libérée du crime organisé » Justice et paix Europe-Turin 13-15.02.26

    Rencontre annuelle des Secrétaires des Commissions Justice et Paix à l’Arsenal de la Paix

    La délégation suisse de la Commission Justice et paix a participé à la rencontre des Commissions européennes qui se déroulait à Turin. La rencontre avait pour objectif de préparer l’élaboration du plan d’action de Justice et paix Europe des 4 prochaines années, ainsi que de penser les futures actions conjointes et préparer l’Assemblée générale qui se tiendra à Glasgow du 18 au 21 septembre 2026. La rencontre a eu lieu sur le site hautement symbolique de l’Arsenal de la paix (Sermig, https://fr.sermig.org/ ), ancienne usine d’armement transformée en centre socio-culturel et éducatif.

    Le thème d’ouverture, qui est aussi celui de l’Action concertée de 2026 portait sur le crime organisé et les moyens de lutter contre ce phénomène croissant. Le mercredi des Cendres 18 février a été lancée l’action commune intitulée « L’Europe et le crime organisé : relever le défi ensemble ». Ont été mis en avant les différents niveaux de responsabilités en matière de lutte contre le crime organisé et les contextes qui le favorisent. En effet le terreau du crime organisé réside notamment dans ses ramifications multiples et son intrication avec l’économie légale. L’Arsenal de la Paix et les activités du Sermig (Service missionnaire des jeunes) ont été présentés par Rosanna Tabasso. Ils contribuent à une éducation à la paix active par la mise en place de réseaux solidaires et des programmes de formation destinés aux jeunes et aux personnes dans la précarité.

    L’association Libera (https://www.libera.it/), présentée par son fondateur le Père Luigi Ciotta, regroupe un réseau de plus de 1000 associations italiennes qui luttent contre les organisations mafieuses. Elles proposent notamment des activités d’éducation à la citoyenneté, aux droits humains, de renforcement du tissu social et cherchent à favoriser la justice sociale. L’association s’investit également dans les actions de solidarité pour les victimes du crime organisé et la revalorisation sociale des biens et terres agricoles confisquées à la mafia.

    L’archevêque Luigi Renna a présenté ensuite « Educare a una pace disarmata e disarmante ». Ce document rédigé en 2025 par la Conférence des évêques italiens s’inscrit dans une série de travaux sur l’éducation aux valeurs sociales chrétiennes et propose des pistes pour une éducation active à la paix et à sa mise en œuvre au quotidien.

    Puis les avancées du programme Laudato si’ ont été présentées ainsi que les cours en ligne à destination des formateurs Laudato si’ (https://laudatosianimators.org/) qui débutent le 15 avril 2026. Ces formations à distance sont ouvertes à toute personne intéressée et accessibles notamment en français, italien et anglais. Les participant.e.s ont discuté de l’éducation comme clé de la paix, de la justice et des moyens de favoriser une citoyenneté active, en particulier chez les jeunes.

    Le programme comprenait également une visite du musée de la Casa Don Bosco organisée par la pastorale du travail et de la société du diocèse de Turin. Une messe a été célébrée dans la cathédrale de Turin par le cardinal Roberto Repole. Les participant.e.s se sont ensuite rendus sur la tombe de Pier Giorgio Frassati, récemment canonisé par le pape Léon XIV.

    Le secrétaire général de Justice et paix Europe, Marek Misak et les coprésidents Mgr. Antoine Hérouard et Maria Hammershoy ont en conclusion remercié la commission italienne pour son accueil et l’organisation de cette session.

    Références:

    Conférence des évêques italiens, Educare a una pace disarmata e disarmante, Note apostolique, 2025, (I)

    https://www.chiesacattolica.it/wp-content/uploads/sites/31/2025/12/05/NotaPastorale_EducarePace.pdf

    Site Justice et paix Europe : http://www.juspax-eu.org/fr/ et http://www.juspax-eu.org/de/

    Justice et paix Suisse : https://www.juspax.ch/