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  • Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    Ethique et religion dans l’espace public, des voix dérangeantes ?

    D’un point de vue chrétien, lorsqu’on réfléchit à ses choix, on ne peut faire abstraction des conséquences prévisibles de ses choix, non seulement pour soi-même ou ses proches, mais également pour l’impact sociétal de ces choix. C’est là que nos choix deviennent proprement éthiques (et pas seulement un calcul d’intérêts).

    On peut s’interroger sur les valeurs ou principes qui nous font prendre une décision (se base-t- on sur des valeurs religieuses ou d’éthique sociale, philosophiques ou est-on uniquement influencé.e par des émotions : est-ce la peur ? la confiance ? L’espérance dans une société plus juste ? On peut aussi se demander d’où viennent ces émotions que génère telle ou telle thématique ? (médias, expériences, histoire personnelle, contexte social, éducation..) et pourquoi l’on vit des émotions si différentes face au même thème ?  Ceci amène à s’interroger sur la valeur même d’une démocratie, lorsque l’on vote. Est-ce uniquement pour défendre nos intérêts, ou vise-t-on autre chose ? Le type de rapports sociaux et de société que l’on souhaite voir éclore ?

    Que signifie la réaction de ne vouloir « être influencé par personne », que l’on oppose si souvent aux discours religieux?  C’est d’une façon considérer que l’on n’a rien à apprendre des autres quels qu’ils soient. Et c’est un paradoxe, qu’à l’heure où l’information n’a jamais été autant diffusée et facile d’accès, on s’enferme dans des sphères de sens uniforme et l’on cherche à ne plus voir ce qui diffère de nous, ou à réagir de manière violente et dénigrante lorsqu’on est confronté à des visions différentes de la sienne (comme les innombrables commentaires virulents des réseaux sociaux le montrent bien).

    Mais aussi qu’aucun argument provenant d’autrui ne peut nous sembler utile. La critique envers les Eglises, lorsqu’elles expriment des points de vue ou participent au débat politique est souvent virulente, elles tenteraient de nous faire voter d’une certaine façon et ainsi de brimer la liberté des croyants. Ce débat a aussi lieu en Suisse, presque à chaque fois que les Eglises ou les croyants expriment publiquement un ou des points de vues.

    A l’heure des influenceurs, du marketing viral, des réseaux sociaux et intelligences artificielles, où les influences sont bien souvent opaques et où le temps d’attention se monnaie chèrement, la voix des Eglises dérange, elle n’est souvent pas agréable à entendre, car elle ne se base pas uniquement sur la satisfaction des intérêts individuels, ne poursuit pas d’objectif financier, ne recherche pas nécessairement à accumuler les followers ou les clics. Elle se contente rarement du divertissement ou du statu quo, ne flatte pas l’ego consommateur ou partisan.

    Qui n’a pas entendu, à la sortie de la messe ou du culte ce « Je ne veux pas que l’on me dise ce que je dois voter, personne ne doit décider de mes choix politiques ! ». On peut répondre qu’être informé des multiples points de vues, arguments et positions possibles, fait justement partie de cette liberté. Que la liberté de se former une opinion, et donc d’exercer sa citoyenneté se base sur l’accès à une information plurielle et diversifiée. La Déclaration des droits de l’homme rappelle cette nécessité de l’accès à l’information, remise en cause dans tous les régimes totalitaires. De nombreux peuples dans le monde se battent pour avoir accès une information plurielle et diversifiée, pour avoir la possibilité de s’exprimer. Censurer la voix des Eglises et des croyants serait priver le débat public d’une vision importante, car souvent à contre-courant des discours dominants, et donc particulièrement précieuse. Or la voix des Evangiles que portent  les Eglises et les chrétiens rappelle justement l’attention que l’on doit avoir envers les plus faibles et les plus démunis dans nos sociétés. Faire taire ces voix, c’est aussi d’une certaine manière rendre encore plus invisibles ceux que notre société marginalise déjà.

    S’ouvrir aux idées des autres, découvrir leurs réalités, change nos points de vue. Et c’est peut-être là ce qui fait peur : être confrontés à d’autres situations, informations, contextes, tout cela risque d’ébranler nos certitudes. La culpabilité n’est pas loin..Nous mettant ainsi dans une inconfortable situation de doute.

    Or le doute et le questionnement sont inhérents à une pensée éthique. Face aux certitudes des discours fanatiques, il est au cœur des raisonnements éthiques, de s’interroger, sur nos intentions réelles, sur ce que l’on tient pour vrai, sur la justesse de nos principes, de leur application à telle ou telle situation, sur les conséquences réelles de nos choix.. sur ce qui importe réellement pour nous dans ces derniers.. Le doute, la nuance, l’interrogation, tout ce que les langages totalitaires et ceux des actuels fake news tentent d’éradiquer, comme le linguiste Viktor Klemperer l’avait finement décrit dans son analyse de la langue du IIIème Reich (du début des années 1930 à la fin de la seconde guerre mondiale Klemperer a noté quotidiennement les transformations de la langue allemande imposée par le discours totalitaire : disparition des nuances, des conditionnels, des formes hypothétiques et interrogatives au profit d’une langue simplifiée, incantatoire et le plus souvent violente).

    Quel serait le rôle des Eglises et des croyants, si muselés, ils ne s’intéressaient plus aux questions actuelles, ne cherchaient plus à réfléchir aussi, parmi d’autres et avec d’autres, aux choix qui impactent nos sociétés ? Se détourneraient de tout ce qui fait le monde d’aujourd’hui, ne témoigneraient plus de ce qu’ils voient et vivent au quotidien, ne rappelleraient à aucun moment les apports du message évangélique ? Joueraient-ils encore leur rôle ? La religion ainsi vue ne risquerait-elle pas de devenir cet opium anesthésiant nos coeurs ?

    F.Q. 12.02.26

  • 3 nouveaux membres dans la Commission Justice et paix suisse

    3 nouveaux membres dans la Commission Justice et paix suisse

    La Commission pontificale Justice et paix a été créée en 1967 par le Pape Paul VI, dans le contexte du Concile Vatican 2. Dans son Discours aux membres et consulteurs de Justice et paix, Paul VI, en référence à l’Encyclique Populum Progressio, qui  incitait : « tous les hommes de bonne volonté » à prendre conscience qu’ils sont tous frères, puisque tous fils du «Dieu vivant, Père de tous les hommes» (§ 21) et que Dieu les appelle tous à croître ensemble (§ 17), par un développement intégral de l’homme et un développement solidaire de l’humanité. Ce qui demande un effort concerté pour lutter contre l’injustice, et par là, sauver la paix.  Des Commissions Justice et paix ont ensuite été créées dans de nombreux pays. Elles visent à promouvoir la paix, notamment à travers le soutien aux politiques de désarmement, à la promotion d’une culture de la paix et de respect des droits humains et contribuent à la formation de l’opinion publique et des milieux catholiques

    La Commission Justice et paix Suisse a été créée en 1969, comme organe consultatif de la Conférence suisse des Evêques. Depuis, elle a abordé de nombreux sujets : développement, écologie, migration, justice, économie, service civil, politique d’asile, désarmement.. Elle a régulièrement travaillé conjointement avec les Eglises protestantes.  Rattachée en juin 2025 au Service Vox Ethica, la Commission Justice et paix Suisse a été réélue par la CES en décembre 2025. Son président, Thomas Wallimann, directeur d’Ethik 22 est théologien, spécialiste de l’éthique sociale chrétienne. Les membres de la Commission sont Tobias Karcher, S.J., Institut Lasalle ; Robert Unteregger, philosophe, Professeur à la HEP de Berne et Mgr. Josef Stübi, Evêque adjoint, du diocèse de Bâle, représentant de la CES.

    Les 3 nouveaux membres sont: Ada Marra, anc. conseillère nationale, accompagnante spirituelle en milieu hospitalier (en formation), Jean-Noël Maillard, directeur de Caritas Jura, et Matteo Frey, chercheur, Institut d’éthique sociale de l’Université de Lucerne.

    Sa secrétaire scientifique est Florence Quinche, responsable de Vox Ethica. La Commission Suisse fait partie du réseau de Commissions Justice et paix Europe, avec 32 autres commissions nationales qui sont nommées et mandatées respectivement par leurs Conférences des évêques.

    Dans ses dernières prises de position, Justice et paix Suisse s’est exprimée notamment : contre l’extension de l’exportation d’armes par les entreprises suisses.

    Les récentes prises de position de Justice et paix Europe portent sur les thèmes suivants :  « Justice, Peace and human Dignity for Greenland », 20.01.26 « Justice and Peace for Venezuela and its People », 6.01.26.

    FQ

  • Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Extension des exportations de matériel de guerre ? Prise de position de la Commission Justice et paix

    Un article de Thomas Wallimann-Sasaki, Président de Justice et Paix Suisse. Justice et Paix est la commission d’éthique sociale de la Conférence des évêques suisses qui s’engage pour la justice et la paix en Suisse et dans le monde.

    Même si la guerre et le commerce des armes font partie de ce monde, la Suisse se doit d’insister à « davantage de matériel de guerre » ne conduit pas à une vie meilleure. Nous savons que ni les régimes totalitaires, ni le fanatisme religieux, ni la guerre ne peuvent créer une vie bonne pour tous et toutes. Les livraisons de matériel de guerre à des pays en prise à des conflits internes exacerbent ces conflits.

    Le christianisme, et en particulier l’Église catholique, ont une histoire mouvementée en matière d’armes et de guerre. Aujourd’hui, nous sommes plus convaincus que jamais que le développement holistique de l’être humain doit être au cœur de toute politique. Cela vaut également pour la politique d’exportation de matériel de guerre et de sécurité.

    C’est pourquoi le critère principal pour évaluer l’éthique des exportations de matériel de guerre ne peut pas être l’intérêt économique, ni la préservation des emplois dans les pays producteurs de ce matériel. C’est au contraire, le bien-être de tous les êtres humains qui s’avère le critère éthique central. Car seule une infime minorité profite des bénéfices financiers générés par l’augmentation des exportations de matériel de guerre, tandis qu’un grand nombre de personnes en souffrent de manière excessive. Ceci s’oppose directement à notre conception chrétienne du bien commun.

    La paix et les améliorations sociales sont liées à la justice. Celle-ci joue un rôle important dans la répartition des ressources, tant au sein des pays que sur le plan international. Lorsque les pays pauvres et ceux en proie à des conflits internes utilisent leurs ressources financières pour de l’armement, l’éducation et l’approvisionnement alimentaire sont généralement négligés. Les plus pauvres en souffrent tout particulièrement. Une augmentation des exportations de matériel de guerre renforce ces inégalités et va à l’encontre de l’amour du prochain. La loi du plus fort n’est une base ni pour la paix ni pour la justice.

    Un mot sur l’argument selon lequel la part de la Suisse sur le marché mondial reste faible et que, si la Suisse renonçait à ces exportations, ce seraient simplement « d’autres » qui fourniraient ce matériel. Cet argument ne tient pas sur le plan éthique. En effet, un comportement contraire à l’éthique ne devient pas « plus juste » ou justifié simplement parce que « d’autres » pourraient faire de même ou pire encore.

    Dès 1481, lors de l’incident de Stans, les Confédérés ont compris qu’on vivait mieux ensemble quand on renonçait à se battre pour s’écouter et échanger !

    Thomas Wallimann-Sasaki, Dr en théologie Président de Justice et Paix Suisse, Rohrmatte 6, CH-6372 Ennetmoos

    sozialethik@bluewin.ch

    Signer le réferendum ici:

  • Le congé du dimanche, une cause toujours à défendre

    Le congé du dimanche, une cause toujours à défendre

    Les attaques contre le congé du dimanche se poursuivent, d’une part via l’Initiative cantonale pour faire passer les dimanches travaillés de 4 à 12 (23.325) et encore via l’initiative parlementaire Burkart (16.484) actuellement en examen au Conseil des Etats. Cette initiative vise à assouplir les règles du télétravail et l’autoriser notamment le dimanche tout en augmentant les tranches horaires possibles de travail. Elle vise également à autoriser d’interrompre les périodes de repos pour des sollicitations urgentes. Ceci toucherait un grand nombre de personnes, et ne se limiterait pas aux domaines de la vente. La vigilance est de mise, pour éviter que la visée du profit économique ne supplante la préservation de la santé des travailleurs, les valeurs citoyennes, le respect de la vie de famille et de la pratique religieuse.

    Le 22 août dernier, F. Quinche de Vox Ethica (Service Ethique et société) a participé à une conférence de presse de l’Alliance pour le Dimanche (composée notamment de : Unia, EERV, Femmes protestantes, Travail suisse, société suisse pour la médecine du travail..). Durant cette conférence a été présentée une étude de l’Université de Berne co-financée par la Commission Justice et paix, sur les impacts sur la santé du travail du dimanche. Face à l’initiative du canton de Zurich pour étendre l’ouverture des magasins à 12 dimanches par an, il était nécessaire de rappeler l’importance du dimanche, tant pour les chrétiens que pour tous les travailleurs et travailleuses : jour de repos, de rencontre au sein des communautés, de spiritualité, ou de reconnection à la nature. Le dimanche est aussi un moment privilégié pour resserrer les liens des familles, pour exercer sa citoyenneté ou développer la vie associative, construire du lien social, partager son temps avec d’autres.

    La Conférence des évêques ainsi que le Commission Justice et paix ont également répondu en octobre à la Consultation (23.325) par des prises de position pour défendre, pour toutes et tous, ce droit au congé du dimanche.

    F.Q.

    Dépêche ATS : https://www.parlament.ch/fr/services/news/Pages/2025/20250923141112484194158159026_bsf098.aspx

    Initiative Burkart : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20160484

  • Participation de Vox ethica à la session de jeunes 2025

    Participation de Vox ethica à la session de jeunes 2025

    Vox Ethica a été invitée par la Session des jeunes 2025 qui a eu lieu début Novembre à Berne pour partager son expertise sur la question du suicide assisté. Aux côtés de représentants de l’Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM), de palliative.ch et de Dignitas, Vox Ethica a répondu aux interrogations des membres de la Session des jeunes 2025. L’intérêt manifesté par les participant.e.s, âgées de 14 à 21 ans, montre que le suicide assisté est un sujet qui préoccupe également les jeunes générations.
    Dans son intervention, Florian Lüthi de Vox Ethica, a notamment soulevé les questions sociétales liées à la pratique actuelle du suicide assisté en Suisse. La mise en avant d’arguments exclusivement individualistes tend à occulter les enjeux collectifs du phénomène et notre responsabilité vis-à-vis des personnes fragiles ou en fin de vie. En effet, nous ne sommes pas seulement des individus, mais des personnes pour qui le lien social est fondamental. Pour cette raison, les actions visant à établir ou intensifier des liens sociaux sont primordiales. Ces implications sont d’autant plus importantes que des phénomènes sociaux (par exemple l’individualisation, la solitude dans la vieillesse, le coût de la santé, etc.) influencent notre attitude face à la vie. Pour ces raisons, il est important d’œuvrer pour l’intégration et l’inclusion de toute personne, particulièrement les plus démunies et les plus pauvres.
    À la suite de la consultation, le groupe de jeunes travaillant sur ce sujet a élaboré une proposition visant à lancer une campagne d’information et de sensibilisation sur les bases légales, les questions éthiques et les répercussions émotionnelles de l’assistance au suicide. Cette proposition a été acceptée par 138 voix contre 12 lors de la Session fédérale des jeunes, le 9. Novembre 2025 au palais fédéral. Le Parlement doit maintenant examiner la pétition dans les mois à venir. Vox Ethica salue l’engagement et l’intérêt manifestés par les jeunes sur ce sujet.

  • Le service civil en péril.

    Le service civil en péril.

    Prise de position de Vox Ethica en soutien au référendum pour le service civil.

    Le 15 janvier 2026, le référendum « Sauver le service civil » a été remis à l’administration fédérale. Le durcissement de la loi sur le service civil entraînerait un durcissement des conditions d’admission au service civil. Les électeurs suisses pourront désormais se prononcer sur les modifications prévues lors d’un scrutin. Vox Ethica espère que la tenue d’un référendum suscitera un large débat public sur l’importance du service civil en Suisse.

    Le service civil offre une alternative au service militaire aux personnes qui ont un conflit de conscience à ce sujet. Du point de vue chrétien, les décisions de conscience ont une importance particulière. Ainsi, le Concile Vatican II définit la conscience comme « le centre intime et secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où il entend sa voix » (Gaudium et Spes, n° 16). Dans l’histoire du christianisme, il y a toujours eu des personnes qui ont suivi leur conscience et en ont tiré les conséquences qui s’imposaient. « Je suis ici et je ne peux pas faire autrement », a déclaré Martin Luther devant la Diète impériale à Worms. La conscience a également joué un rôle central dans le développement du mouvement anabaptiste. Il en a résulté une forme précoce d’objection de conscience au service militaire.

    Le référendum sur le service civil invite à réaffirmer avec patience et cohérence que le respect de la conscience, la promotion d’une paix positive et la recherche du bien commun sont des exigences centrales de l’éthique chrétienne. Indépendamment du résultat du vote, il convient de noter que le service civil n’est ni un privilège ni une échappatoire, mais une expression légitime et précieuse de ces exigences éthiques. Sa défense s’inscrit dans une tradition chrétienne qui reconnaît la complexité des ordres politiques, la fragilité des décisions humaines et, en même temps, la vocation universelle d’être des artisans de paix. En ce sens, le service civil ne s’avère pas être un affaiblissement, mais une ressource éthique pour une société démocratique qui prend au sérieux ses fondements moraux.

    Florian Lüthi, Vox Ethica, 16.01.2026